J’ai posé le pied pour la première fois sur les falaises des Calanques en novembre 2018, par mistral à 60 km/h. La roche calcaire blanche vibrait sous mes semelles, la mer turquoise cognait 150 mètres plus bas, et j’ai compris que cet endroit n’avait rien d’une promenade de santé. Les randonnées dans les Calanques exigent préparation, respect des règles du parc national et une bonne dose d’humilité face au terrain. Dans cet article, je vous donne tout ce que j’ai appris en sept années de sorties répétées entre Marseille et Cassis : itinéraires précis, conseils de sécurité, meilleures saisons et pièges à éviter.
Le parc national des Calanques : ce qu’il faut savoir avant de chausser les baskets
Créé en 2012, le Parc National des Calanques couvre 8 500 hectares terrestres et 43 500 hectares marins. C’est le premier parc national péri-urbain d’Europe, coincé entre Marseille, Cassis et La Ciotat. Cette proximité avec une métropole de 900 000 habitants crée une pression touristique considérable, et le parc a mis en place des restrictions d’accès strictes.
Depuis 2021, une réglementation estivale interdit l’accès à certains massifs de juillet à septembre en cas de risque élevé d’incendie. En pratique, entre le 1er juillet et le 30 septembre, vérifiez impérativement l’état d’accès sur le site officiel du parc ou appelez le 04 20 17 60 00 chaque matin avant de partir. J’ai raté plusieurs sorties pour avoir négligé cette étape.
Les règles essentielles du parc
- Interdiction de faire du feu à moins de 200 mètres de tout espace naturel
- Chiens interdits dans le cœur du parc (même tenus en laisse)
- Bivouac autorisé uniquement dans les calanques de Morgiou et Sormiou (avec autorisation préalable)
- Ramassage de végétaux, minéraux et animaux strictement prohibé
- Accès limité à certaines voies d’escalade en période de nidification (janvier-juillet)
Comment accéder aux départs de randonnée
Depuis Marseille, les bus de la RTM desservent les calanques de manière satisfaisante. La ligne 21 mène au Redon (point de départ classique), la ligne 20 au Prado. Depuis Cassis, un bus navette fonctionne en saison depuis la gare SNCF. J’évite systématiquement la voiture en été : les parkings de la route des Goudes sont saturés dès 8h, et les amendes pour stationnement sauvage atteignent 135 €.
Les cinq randonnées que je recommande selon votre niveau
En sept ans, j’ai parcouru quasiment tous les sentiers balisés du massif. Je les classe ici par difficulté réelle, et non par la cotation officielle, qui sous-estime souvent la technicité du terrain calcaire.
Niveau débutant : la calanque de Sormiou depuis le Redon
C’est le sentier que je conseille à tous ceux qui découvrent le massif. Depuis le parking du Redon, comptez 1h30 aller pour 5 km et 200 mètres de dénivelé positif. Le balisage jaune est clair, le chemin large et bien entretenu.
La calanque de Sormiou abrite deux restaurants (dont l’excellent Lunch des Nautilas, ouvert avril-octobre, menu à 35 € environ, tarifs constatés au T1 2026). L’eau y est accessible depuis la plage. J’y ai emmené mes parents de 68 ans sans difficulté particulière.
Niveau intermédiaire : la traversée Morgiou-Sugiton
Ce circuit de 12 km avec 450 mètres de dénivelé cumulé est, à mon sens, le plus beau du massif. Je l’ai réalisé en mars dernier par temps parfaitement dégagé : la lumière rasante du matin transformait les falaises en murs d’ivoire pur.
Comptez 5 à 6 heures en marchant tranquillement, avec pauses. Le sentier passe par la crête entre les deux calanques, avec des passages exposés qui demandent vigilance. Chaussures de randonnée obligatoires. Depuis le col de Morgiou, la vue sur le large et l’archipel de Riou est saisissante.
Niveau confirmé : la traversée des crêtes de Marseille à Cassis
C’est le grand classique. 26 km, 900 mètres de dénivelé positif, une journée complète (8 à 9 heures de marche effective). Je l’ai réalisée en deux jours avec bivouac à Morgiou pour en profiter pleinement.
Le départ se fait depuis la Madrague de Montredon, et l’arrivée à Cassis par la calanque de Port-Miou. Le sentier emprunte les GR 98 et 98a, balisage blanc-rouge. En octobre 2023, j’ai croisé un groupe de randonneurs du CAF Marseille (Club Alpin Français) qui proposaient cette sortie encadrée pour 25 € par personne.
Les calanques mythiques à atteindre à pied
Certaines calanques ne sont accessibles qu’à la marche. C’est précisément ce qui leur confère leur caractère.
En-Vau est la plus photographiée du massif. Ses falaises verticales plongent directement dans une eau d’un bleu-vert irréel. L’accès depuis Cassis prend 2h aller par le sentier dit « du château ». La dernière descente est raide et caillouteuse : j’utilise des bâtons de randonnée télescopiques sur ce tronçon. Prévoir minimum 1,5 litre d’eau par personne par temps chaud.
Port-Pin, voisine d’En-Vau, est moins connue et offre une plage de sable fin bien protégée du vent. En semaine, entre septembre et octobre, j’y ai trouvé moins de dix personnes. C’est le genre d’endroit qui justifie à lui seul de partir à pied.
Quelle saison choisir pour randonner dans les Calanques ?
La réponse que je donne toujours : novembre, décembre, mars et avril. Ces mois offrent une luminosité exceptionnelle, des températures entre 12 et 20 °C, et une fréquentation très réduite. J’ai passé trois nuits à Morgiou en décembre 2022 avec des températures nocturnes autour de 5 °C : silence absolu, ciel étoilé, mer d’huile.
Le tableau des saisons
| Saison | Avantages | Inconvénients | Note globale |
|---|---|---|---|
| Printemps (mars-mai) | Fleurs, températures idéales, lumière douce | Restrictions escalade (nidification) | ★★★★★ |
| Été (juin-sept) | Baignade possible, jours longs | Fermetures fréquentes, chaleur, foule | ★★☆☆☆ |
| Automne (oct-nov) | Couleurs, mer encore chaude, calme | Risque d’orages violents | ★★★★☆ |
| Hiver (déc-fév) | Solitude totale, prix hébergement bas | Mistral puissant, journées courtes | ★★★☆☆ |
Équipement et sécurité sur les sentiers calcaires
Le calcaire du massif est traître. Sec, il adhère bien. Mouillé ou recouvert de poussière fine, il devient aussi glissant que du verglas. J’ai vu des chutes sérieuses sur des sentiers notés « faciles ». La semelle crantée est non négociable.
Le matériel minimum que j’emporte toujours
- Chaussures de randonnée basses à semelle Vibram pour les itinéraires techniques
- 2 litres d’eau minimum (aucune source potable sur la majorité des sentiers)
- Crème solaire indice 50+ : la réverbération sur le calcaire blanc est intense
- Coupe-vent léger : le mistral peut tomber à 0 en 30 minutes ou atteindre 100 km/h
- Chargeur solaire ou batterie externe : les sorties longues drainent rapidement le téléphone
- Carte IGN 3145 OT (Marseille/Aubagne/La Ciotat) en version papier comme filet de sécurité
Le numéro d’urgence en montagne est le 15 (SAMU) ou le 112. Les secours en montagne du PGHM de Marseille interviennent régulièrement dans le massif. En 2024, plus de 200 interventions ont été enregistrées dans le seul parc national.
Hébergements proches pour une randonnée sur plusieurs jours
Dormir à Cassis permet d’attaquer les itinéraires du versant est dès l’aube. J’ai testé l’hôtel Les Jardins de Cassis (doubles à partir de 95 € en basse saison, tarifs T1 2026) : literie correcte, parking sécurisé pour les voitures, personnel habitué aux randonneurs qui accepte de garder les bagages après le check-out.
Pour les budgets serrés, le camping Les Cigales à Cassis propose des emplacements à partir de 18 €/nuit et dispose de consignes pour le matériel humide. J’y ai séjourné deux fois en novembre : calme, propre, accessible à pied de la gare en 15 minutes.
Côté Marseille, le quartier des Goudes offre une ambiance de village de pêcheurs à 20 minutes du centre par le bus 19. Quelques locations Airbnb y fonctionnent très bien comme base de randonnée, avec des prix autour de 70-100 €/nuit pour un studio en basse saison.
La faune et la flore que vous croiserez sur les sentiers
Le massif des Calanques abrite une biodiversité remarquable, reconnue par l’UNESCO dans le cadre des réserves de biosphère méditerranéenne. Sur les sentiers, j’observe régulièrement :
- Le goéland leucophée, nicheur abondant sur les falaises
- Le faucon pèlerin, présent toute l’année sur les parois de Sugiton et En-Vau
- L’aigle de Bonelli, espèce protégée, visible en vol thermique en fin de matinée
- Le grand dauphin depuis les caps et les hauteurs (jumelles conseillées)
- La garrigue à romarin, au kermès et à l’euphorbe characias qui parfume les crêtes dès février
En 2019, j’ai observé depuis la crête de Sugiton un groupe de cinq dauphins qui chassait à 200 mètres du rivage. Ce genre de moment ne s’oublie pas et ne s’obtient qu’en marchant loin des foules.
Questions fréquentes
Peut-on randonner dans les Calanques en été ?
C’est possible, mais sous conditions strictes. Entre juillet et septembre, le parc national ferme régulièrement certains massifs en cas de risque d’incendie, parfois plusieurs jours d’affilée. L’accès se vérifie chaque matin sur le site du parc ou par téléphone. Si l’accès est ouvert, partez avant 8h pour éviter la chaleur maximale et la foule. Emportez au moins 3 litres d’eau par personne pour une sortie de demi-journée.
Quelles sont les randonnées les plus faciles dans les Calanques ?
Les sentiers de Sormiou et de Morgiou depuis le Redon sont les plus accessibles, avec moins de 250 mètres de dénivelé et des chemins larges. La balade depuis Cassis vers Port-Miou (calanque accessible en voiture) jusqu’à Port-Pin (30 minutes supplémentaires) convient également aux débutants et aux familles avec enfants à partir de 6-7 ans.
Les Calanques sont-elles payantes ?
L’accès aux sentiers est gratuit. En revanche, certains parkings proches des points de départ sont payants (3 à 5 €/heure en saison). Le service de navettes maritimes depuis Marseille ou Cassis (exploité par Croisières Marseille Calanques ou La Vigie) coûte entre 25 et 45 € selon le circuit. Aucun droit d’entrée n’est prélevé dans le parc lui-même.
Combien de temps faut-il pour faire la traversée complète Marseille-Cassis ?
La traversée officielle via les GR 98/98a fait 26 km pour environ 900 mètres de dénivelé positif. Un randonneur entraîné la boucle en une longue journée (8-9 heures de marche, départ avant 7h). Je recommande de la faire en deux jours avec une nuit à Morgiou pour apprécier l’itinéraire sans pression. Prévoir un retour en train depuis la gare de Cassis (liaison directe Cassis-Marseille-Saint-Charles en 25 minutes, billet à 5,90 € au T1 2026).
Peut-on bivouaquer dans les Calanques ?
Le bivouac est réglementé et limité aux seules calanques de Morgiou et Sormiou, sous réserve d’autorisation préalable délivrée par le parc national. Il est interdit partout ailleurs dans le cœur du parc. L’autorisation est gratuite et se demande en ligne sur le site du parc au moins 48 heures à l’avance. Matelas gonflable et duvet léger suffisent de mai à octobre.
Quelle carte utiliser pour randonner dans les Calanques ?
La carte IGN TOP 25 référence 3145 OT couvre l’intégralité du massif à l’échelle 1:25 000. Elle est disponible en librairie ou sur le site de l’IGN pour environ 14 €. L’application IGN Rando propose le téléchargement hors connexion : utile car le réseau mobile est capricieux dans les fonds de calanques.
Les Calanques sont-elles dangereuses ?
Le massif est sérieux mais pas extrême, à condition de respecter quelques règles. La principale cause d’accident est le défaut d’équipement (chaussures inadaptées) et la déshydratation en été. Les sentiers non balisés et les falaises sont à éviter sans expérience d’escalade. Le mistral, qui peut dépasser 100 km/h, représente un danger réel sur les crêtes exposées. Le PGHM de Marseille enregistre environ 200 interventions annuelles dans le massif.
J’ai terminé ma dernière traversée complète en avril 2025, arrivée à Cassis par le col de la Gardiole sous un ciel d’une clarté presque violente. Le mistral avait soufflé toute la nuit, nettoyant l’atmosphère jusqu’à faire apparaître la Corse à l’horizon, à 170 km. Ces moments-là, on ne les achète pas sur une navette maritime. Si vous cherchez à comprendre ce que les Calanques ont de particulier, chaussez vos chaussures de marche, partez en milieu de semaine hors juillet-août, et prenez le temps d’atteindre En-Vau ou Sugiton par vos propres moyens. Ce que vous trouverez en haut des crêtes, aucun panneau touristique ne peut le promettre.




