En janvier 2025, je roulais sur la D939 entre Arras et Bapaume quand j’ai aperçu, au détour d’un champ de betteraves, une carrière souterraine dont l’entrée ressemblait à une simple trappe rouillée. Trois heures plus tard, j’en ressortais avec la conviction que les Hauts-de-France cachent une densité de lieux insolites que très peu de voyageurs soupçonnent. Cette région qu’on traverse souvent sans s’arrêter recèle des chapelles troglodytiques, des cités minières figées dans l’ambre, des géants de carton-pâte et des blockhaus envahis par la végétation. Je vais vous montrer ce que j’ai réellement vu, avec les prix, les horaires et les erreurs à éviter.
Pourquoi les Hauts-de-France surprennent autant les curieux
La région cumule trois héritages superposés : la Grande Guerre, l’industrie minière et une culture flamande très distincte du reste de la France. Ce triple passé produit des paysages et des architectures qu’on ne trouve nulle part ailleurs dans l’Hexagone.
J’ai souvent entendu des voyageurs dire qu’ils « ne faisaient que passer » par ici pour rejoindre Paris ou Amsterdam. C’est précisément cette réputation de région de transit qui a préservé ses curiosités du tourisme de masse.
Un territoire façonné par des cicatrices historiques
Le Chemin des Dames, la Somme, Verdun-sur-Meuse côté lorrain : les Hauts-de-France portent 200 km de front de la Première Guerre mondiale sur leur sol. Cette blessure a créé des cratères, des tunnels, des cimetières militaires aux géométries saisissantes qui constituent aujourd’hui des sites à part entière.
Le secteur minier a laissé, lui, un « pays noir » reconnu au Patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2012, avec ses terrils jumeaux de Loos-en-Gohelle culminant à 186 mètres, les plus hauts d’Europe.
La culture des géants et des carnavals
Dunkerque, Douai, Cassel, Bailleul : chaque ville possède ses géants de procession, personnages de plusieurs mètres portés lors des carnavals. Ces créatures de bois et d’osier inscrites à l’UNESCO depuis 2005 dans la liste du patrimoine culturel immatériel figurent parmi les lieux insolites Hauts-de-France les plus photographiés, pourtant trop rarement cherchés en dehors des jours de fête.
Les carrières et souterrains qui s’ouvrent sous vos pieds
Je vous parle ici de ma passion : les espaces souterrains aménagés que la craie picarde a rendus possibles pendant des siècles. La région est littéralement creusée en dessous.
La Carrière Wellington à Arras
Sous la place des Héros à Arras, 22 km de galeries ont servi à cacher 24 000 soldats alliés avant l’offensive d’avril 1917. J’y ai passé deux heures en novembre 2024 : la température y est de 11 °C en permanence, prenez un pull même en été. L’entrée coûte 12 € adulte et 7 € pour les moins de 18 ans (tarifs T1 2026, site Carrière Wellington officiel). La visite guidée dure 1h15 et se fait avec lampe frontale.
Le musée intègre des graffitis laissés par les soldats australiens, néo-zélandais et canadiens sur les parois de craie. Certains ont sculpté des reliefs entiers. C’est l’un des endroits les plus poignants que j’aie jamais visités en France.
Les boves de Naours (Souterrains-refuges)
À 15 km au nord d’Amiens, le village de Naours dissimule 300 galeries et 28 villages souterrains creusés à partir du XIVe siècle pour abriter les populations en temps de guerre. J’y ai compté des étables, des chapelles, des puits intérieurs. Tarif : 9,50 € adulte (constaté au T2 2025, vérifier avant votre visite). Ouvert toute l’année sauf janvier.
Les terrils, une montagne industrielle au sommet vertigineux
J’ai gravi les terrils 11/19 de Loos-en-Gohelle un matin de brouillard en mars 2024. En arrivant au sommet à 186 mètres d’altitude, j’ai émergé au-dessus de la couche de brume : sous mes pieds, le bassin minier disparaissait dans le coton, et je voyais les tours de Lille au loin. Personne d’autre en haut. Accès libre et gratuit.
Ces terrils jumeaux classés UNESCO constituent le point culminant du Nord-Pas-de-Calais. L’ascension prend 20 minutes par le sentier balisé. La nuit, les artistes de Land Art y projettent régulièrement des installations lumineuses lors du festival « Lumières en Gohelle » (programmation annuelle variable, entrée gratuite).
Le terril de Rieulay et sa plage lacustre
À Rieulay, entre Douai et Valenciennes, l’affaissement des galeries souterraines a créé un lac de 80 hectares au pied du terril. Le site « Terril du Pile » est devenu une base de loisirs avec plage de sable surveillée en été. L’image d’une plage au bord d’une montagne de schiste noir reste l’une des plus déconcertantes que j’aie photographiées dans la région.
Des musées qui sortent complètement de l’ordinaire
Les musées labellisés « Musée de France » dans les Hauts-de-France comptent plusieurs institutions dont le fond et la forme sont franchement inattendus.
La Piscine de Roubaix
Le musée d’art et d’industrie André Diligent, dit La Piscine de Roubaix, installe des sculptures et des collections textiles autour d’un bassin de natation Art Déco de 1932. J’y ai vu la foule s’étonner de la même façon à chaque salle : l’architecture industrielle et les œuvres d’art s’y mélangent de manière que peu d’institutions en Europe peuvent égaler. Tarif : 11 € adulte, gratuit le premier dimanche du mois (tarifs T1 2026). Le musée est élu régulièrement parmi les 10 meilleurs musées de France par le magazine Lire.
Le Musée du Louvre-Lens
Inauguré en 2012 sur un ancien carreau de mine, le Louvre-Lens est architecturalement insolite : un bâtiment de verre et d’aluminium quasi transparent, signé Sanaa, posé à plat sur un ancien terril aménagé. L’entrée de la Galerie du Temps est gratuite en permanence. J’y suis allé un dimanche de pluie en février et la lumière naturelle qui traversait l’enveloppe métallique créait un effet visuel que je n’attendais pas du tout.
Les vestiges de guerre devenus paysages à part entière
La Première Guerre mondiale a transformé des milliers d’hectares en « Zone Rouge », ces terres si chargées en obus et en corps que l’agriculture y est encore interdite. Certains sites sont accessibles, d’autres non.
- Le Cratère de Lochnagar (La Boisselle) : 91 mètres de diamètre, 30 mètres de profondeur. Creusé le 1er juillet 1916 par 27 tonnes d’explosifs. Accès libre, 24h/24. Situé à 6 km d’Albert (Somme).
- Vimy Ridge (Mémorial national canadien) : 100 hectares de tranchées conservées et de cratères encore visibles dans la pelouse. La colline offre une vue sur toute la plaine artésienne. Accès libre.
- Le cimetière militaire de Tyne Cot (Zonnebeke, Belgique belge adjacente à la région) : je signale souvent aux lecteurs qui visitent la région qu’à 30 km de Lille se trouve le plus grand cimetière militaire du Commonwealth au monde.
- L’ossuaire de Douaumont reste en Lorraine, ne pas confondre.
Les villes flamandes et leurs beffrois classés UNESCO
J’ai passé un week-end complet à Cassel, perchée à 176 mètres sur sa colline, dominant la plaine flamande jusqu’à la mer. Le moulin à vent « De Blaekenberg » tourne encore. Les rues pavées, les façades à pignons et le café « Au Boeuf Noir » où j’ai mangé une waterzooi de volaille pour 16 € font de cette bourgade de 2 200 habitants une ville hors du temps.
Le beffroi de Douai, classé UNESCO avec 55 autres beffrois du Nord de la France et de Belgique, abrite le plus grand carillon de France avec ses 62 cloches. Visites guidées les samedis à 10h et 15h, tarif 4 €.
Le littoral entre dunes, blockhaus et stations Belle Époque
Le littoral des Hauts-de-France est un concentré de contrastes que je n’ai vu nulle part ailleurs sur les côtes françaises.
Les blockhaus du Mur de l’Atlantique
Entre Calais et Dunkerque, plusieurs blockhaus du Mur de l’Atlantique construit par l’Organisation Todt entre 1942 et 1944 émergent encore des dunes. Le Musée du Mur de l’Atlantique à Ambleteuse expose une batterie entière. Tarif : 6 € (constaté 2025). Ouvert d’avril à octobre.
À Berck-sur-Mer, les cerfs-volants géants du festival international (chaque avril) transforment la plage en spectacle surréaliste. En 2024, 800 cerfs-volants de 12 nationalités différentes ont été déployés simultanément sur le sable. J’étais là et la masse sonore et visuelle reste difficile à décrire.
Le Cap Blanc-Nez et les falaises de craie
Le Cap Blanc-Nez, à 134 mètres de hauteur, offre par temps clair la vue sur les falaises blanches de Douvres à 34 km de distance. L’obélisque du Dover Patrol, monument aux marins franco-britanniques, couronne le site. Stationnement gratuit au parking du col. Je vous conseille l’arrivée à pied depuis Wissant (5 km aller) pour comprendre la géologie de la falaise.
Tableau récapitulatif des sites insolites incontournables
| Site | Localisation | Tarif adulte | Durée conseillée |
|---|---|---|---|
| Carrière Wellington | Arras (62) | 12 € | 1h30 |
| Souterrains-refuges de Naours | Naours (80) | 9,50 € | 1h15 |
| Terrils 11/19 de Loos-en-Gohelle | Loos-en-Gohelle (62) | Gratuit | 1h |
| La Piscine de Roubaix | Roubaix (59) | 11 € | 2h |
| Louvre-Lens | Lens (62) | Gratuit (Galerie du Temps) | 2h |
| Cratère de Lochnagar | La Boisselle (80) | Gratuit | 30 min |
| Cap Blanc-Nez | Escalles (62) | Gratuit | 2h (randonnée) |
Questions fréquentes
Quelle est la meilleure période pour visiter les lieux insolites des Hauts-de-France ?
Les sites souterrains (Carrière Wellington, Naours) sont parfaits toute l’année à 11 °C constants. Les terrils et le littoral se découvrent mieux d’avril à octobre, avec une lumière rasante très photographique en automne. Évitez août sur le littoral : les parkings du Cap Blanc-Nez et du Cap Gris-Nez sont saturés dès 10h. Je préfère personnellement septembre pour combiner mer vide et terrils accessibles.
Comment visiter le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais classé UNESCO ?
Le Bassin minier UNESCO couvre 120 communes entre Lens, Douai et Valenciennes. Le Louvre-Lens sert de porte d’entrée culturelle. Le site du 9-9bis à Oignies propose des visites guidées du carreau de fosse (tarif 8 €, constaté 2025). L’association « Bassin Minier UNESCO » édite des cartes de circuit disponibles à l’office de tourisme de Lens.
Y a-t-il des lieux insolites gratuits dans les Hauts-de-France ?
Oui, plusieurs : les terrils de Loos-en-Gohelle, le Cratère de Lochnagar, le Mémorial national canadien de Vimy, le Cap Blanc-Nez, les cimetières militaires du Commonwealth (entrée libre). La Galerie du Temps du Louvre-Lens est également gratuite en permanence. Ces sites suffisent à remplir 4 à 5 jours de visite sans débourser un euro.
Les enfants peuvent-ils visiter la Carrière Wellington ?
Oui, dès 6 ans environ. La visite comporte des passages bas et étroits et une atmosphère sombre que certains enfants trouvent oppressante. Je vous conseille de préparer les plus jeunes en leur expliquant l’histoire avant d’entrer. La durée (1h15) est tout à fait adaptée à partir de 8 ans. Tarif réduit à 7 € pour les moins de 18 ans.
Où dormir près des lieux insolites du bassin minier ?
Lens dispose de plusieurs hôtels à moins d’1 km du Louvre-Lens. J’ai personnellement séjourné à l’ibis Lens Louvre pour 72 € la nuit en 2024 (chambre double, petit-déjeuner non inclus). Pour plus d’ambiance, certaines maisons de mineurs ont été converties en chambres d’hôtes dans les corons de Nœux-les-Mines et de Bruay-la-Buissière.
Peut-on combiner plusieurs sites en une journée ?
Oui, à condition de choisir un axe géographique. L’axe Arras-Lens-Loos-en-Gohelle permet en une journée de faire la Carrière Wellington le matin (départ 9h), le Louvre-Lens en début d’après-midi et les terrils en fin de journée au coucher du soleil. Distance totale : 30 km. Je vous recommande ce circuit comme premier contact avec la région.
Existe-t-il des visites nocturnes dans les Hauts-de-France ?
Oui. La Carrière Wellington propose des visites nocturnes aux flambeaux ponctuelles (programme sur le site officiel). Le festival « Lumières en Gohelle » illumine les terrils en soirée chaque automne. La vieille ville d’Arras est aussi mise en lumière l’été avec un son et lumière sur la Grand’Place (programme à consulter à l’Office de Tourisme d’Arras).
J’ai bouclé un circuit de cinq jours dans les Hauts-de-France avec un budget de moins de 120 € de droits d’entrée au total, en incluant tous les sites payants. La région reste l’une des destinations les moins chères d’Europe pour ce type de tourisme de curiosité. Mon conseil le plus sincère : commencez par les terrils de Loos-en-Gohelle un matin de semaine, seul ou presque, et laissez ce paysage de charbon et de ciel gris vous raconter quelque chose que les brochures ne savent pas formuler.




