La première fois que j’ai poussé la porte d’un ancien abattoir reconverti en salle de concert à Lyon, par un soir de novembre pluvieux, j’ai compris que cette ville cachait des couches entières que le tourisme classique ne gratte jamais. Lyon fascine précisément parce qu’elle accumule les anachronismes : des traboules médiévales débouchant sur des street-arts contemporains, des bunkers de la Seconde Guerre mondiale à deux rues des bouchons étoilés, des chapelles abandonnées devant lesquelles les passants ne lèvent jamais les yeux. Si vous cherchez les lieux insolites de Lyon qui sortent vraiment des sentiers battus, voici ce que j’ai découvert en douze ans de visites répétées et de centaines de kilomètres à pied dans la ville.
Les traboules secrètes que même les Lyonnais ignorent
Tout le monde connaît les traboules du Vieux-Lyon classées au patrimoine historique. Mais ce réseau de passages couverts s’étend bien au-delà des itinéraires balisés par l’Office de Tourisme de Lyon. J’ai passé deux journées entières à explorer la Croix-Rousse avec un guide indépendant, Thomas Brechard, en octobre 2024, et j’en suis sorti avec une liste de passages que je n’aurais jamais trouvés seul.
La traboule du 9 place Colbert
Cette adresse de la Croix-Rousse ouvre sur un couloir de 80 mètres qui traverse trois cours intérieures successives. Les murs conservent des traces de crochets en fer forgé utilisés par les canuts au XIXe siècle pour suspendre les fils de soie. L’accès est libre de 8h à 20h, mais la plupart des visiteurs ne connaissent pas l’entrée exacte.
Le passage de l’Argue, côté caché
La galerie commerciale L’Argue date de 1825 et rivalise avec les passages parisiens. Ce qui m’a frappé, c’est sa verrière en fonte de 22 mètres de haut, quasi identique à celle du passage des Panoramas à Paris, mais sans la foule. En semaine à 9h, vous la traversez presque seul. L’entrée principale se situe rue de la République, dans le 2e arrondissement.
Sous Lyon : les cryptes, bunkers et caves oubliées
Lyon possède un sous-sol exceptionnel, largement méconnu. J’ai consacré une demi-journée en mars 2025 à visiter le musée gallo-romain de Fourvière et ses réserves archéologiques : le site repose sur des thermes romains du Ier siècle ap. J.-C., dont certaines salles ne sont ouvertes qu’aux groupes sur réservation.
Le bunker de la rue Bât d’Argent
Peu de guides mentionnent ce réseau de galeries creusées sous le 1er arrondissement en 1943, à l’initiative des autorités de Vichy. L’association Lugdunum Souterrain organise des visites guidées thématiques, environ 12 € par personne (tarifs T1 2026). La capacité est limitée à 15 personnes par session, il faut réserver plusieurs semaines à l’avance.
Les caves de la Maison des Canuts
Situées dans la montée de la Grande-Côte, ces caves voûtées du XVIe siècle abritaient autrefois les stocks de soie brute. La Maison des Canuts les ouvre ponctuellement lors de visites commentées sur l’histoire de la sériculture lyonnaise. L’entrée au musée coûte 6,50 € en tarif normal (vérifié en janvier 2026).
Les fresques murales géantes de la ville
Lyon est l’une des villes européennes les plus denses en trompe-l’oeil et fresques monumentales, avec plus de 150 murs peints recensés par la Cité de la Création. J’ai vu beaucoup de fresques dans d’autres villes, mais le niveau de détail de celles de Lyon reste une catégorie à part.
- La Fresque des Lyonnais (quai Saint-Vincent, 1er arr.) : 800 m², 30 personnages historiques dont Lumière, Guignol et Paul Bocuse, peints à l’échelle réelle
- La Bibliothèque de la Cité (rue de la Martinière) : cinq étages de façade simulant des rayonnages de livres avec des personnages qui lisent aux fenêtres
- Le Mur des Canuts (boulevard des Canuts, 4e arr.) : plus grande fresque d’Europe avec ses 1 200 m², régulièrement mise à jour pour refléter la vie du quartier
- La fresque du Progrès (rue Sergent Blandan) : un immeuble haussmannien dont chaque fenêtre illustre une invention lyonnaise
Je vous conseille de les parcourir le matin tôt, quand la lumière rasante accentue les reliefs en trompe-l’oeil. Le circuit complet fait environ 7 km à pied entre la Croix-Rousse et les quais de Saône.
Le cimetière de Loyasse, entre sculptures et panorama
J’avoue avoir une fascination pour les cimetières historiques, et celui de Loyasse, perché sur la colline de Fourvière à 310 mètres d’altitude, est l’un des plus beaux que j’aie visités en France. Classé monument historique, il date de 1807 et rassemble les tombes d’André Marie Ampère, d’Antoine Lumière et de plusieurs maires de la ville.
Ce qui me touche particulièrement, c’est la vue qu’on découvre depuis l’allée centrale par temps clair : les Alpes à l’est, le Pilat au sud, et la confluence du Rhône et de la Saône en contrebas. L’entrée est gratuite tous les jours de 8h à 18h. Peu de visiteurs y montent, la plupart s’arrêtant à la basilique voisine.
Usines, ateliers et lieux culturels reconvertis
Lyon a su transformer son patrimoine industriel en espaces culturels vivants sans l’aseptiser, ce que j’apprécie. La ville produit des lieux hybrides qui n’existent nulle part ailleurs en France avec cette densité.
La Sucrière, ancienne raffinerie des quais
Ce hangar des années 1930, situé sur les quais de la confluence (15e quai Rambaud), stockait le sucre de canne colonial. Il accueille aujourd’hui des expositions d’art contemporain et la Biennale d’Art de Lyon, reconnue par le Palais de Tokyo comme l’une des biennales majeures en Europe. Les expositions temporaires débutent souvent à 8 € (T1 2026).
Le Marché Gare
Ancien marché de gros du début du XXe siècle, reconverti en salle de concert et de spectacle dans le 7e arrondissement. La programmation mêle musique électronique, cirque contemporain et performances. J’y ai passé une soirée en février 2025 pour un concert de jazz expérimental devant 400 personnes dans une atmosphère industrielle saisissante.
Les Grandes Locos
Un ancien dépôt de locomotives de la SNCF, transformé en espace d’événements près de la gare de Perrache. Les voûtes en briques rouges font 12 mètres de haut, et l’acoustique naturelle du lieu est utilisée pour des concerts acoustiques. L’espace ouvre selon la programmation, souvent le week-end.
Les jardins et espaces verts inattendus
Lyon verde pas son temps avec ses espaces verts, et certains sont franchement surprenants. Le Jardin des Chartreux, dans le 1er arrondissement, est une ancienne propriété monastique du XVIIe siècle dont les terrasses dominent la Saône à 40 mètres de hauteur. La plupart des touristes ne le trouvent pas parce que l’entrée principale est cachée derrière une grille discrète rue des Chartreux.
J’y suis allé un dimanche matin d’avril, seul pendant une bonne heure. Les rosiers centenaires venaient juste d’éclore. En dessous, les bouquinistes de la Croix-Rousse s’installaient le long du quai. Ce type de juxtaposition, calme contemplatif et effervescence urbaine à portée de regard, résume assez bien ce que Lyon a d’unique.
Le Parc de la Tête d’Or est connu, mais ses serres tropicales victoriennes (entrée gratuite, 9h-17h en hiver) restent sous-visitées. La serre des orchidées abrite plus de 800 espèces et fonctionne à 85 % d’hygrométrie, ce qui crée un microclimat saisissant au coeur de l’hiver lyonnais.
Les restaurants et caves à vins dans des lieux improbables
L’gastronomie lyonnaise, consacrée par le Michelin avec une densité d’étoiles parmi les plus élevées de France, se cache parfois dans des décors que personne n’imaginerait. J’ai testé en novembre 2024 un bouchon lyonnais installé dans une ancienne chapelle privée du XVIIe siècle, rue du Boeuf dans le Vieux-Lyon. Voûtes en ogive, bénitier reconverti en vasque à pain, chaises bistrot en bois brut.
Le prix moyen d’un repas complet avec pot de beaujolais en bouchon atypique tourne autour de 28 à 38 € par personne (tarifs constatés au T1 2026). Ce n’est pas donné, mais c’est nettement moins que dans les brasseries de la presqu’île qui pratiquent le même menu dans un décor refait à neuf.
| Lieu | Type | Arrondissement | Prix d’entrée | Horaires indicatifs |
|---|---|---|---|---|
| Bunker rue Bât d’Argent | Patrimoine souterrain | 1er | 12 € | Sur réservation |
| Cimetière de Loyasse | Patrimoine historique | 5e | Gratuit | 8h-18h |
| Caves de la Maison des Canuts | Musée artisanal | 4e | 6,50 € | Visites guidées ponctuelles |
| La Sucrière | Art contemporain | 2e (Confluence) | À partir de 8 € | Selon expo |
| Serres du Parc de la Tête d’Or | Botanique | 6e | Gratuit | 9h-17h (hiver) |
| Mur des Canuts | Fresque urbaine | 4e | Gratuit | Accès permanent |
Les événements et instants qui rendent ces lieux encore plus singuliers
Visiter ces endroits au bon moment change tout. La Fête des Lumières, chaque 8 décembre, transforme des façades ordinaires en installations lumineuses signées par des studios internationaux. En 2024, j’ai vu une projection sur le mur nu de l’hôpital Hôtel-Dieu qui durait 12 minutes et racontait l’histoire de la médecine lyonnaise depuis le XVIe siècle. L’émotion était réelle.
Les Nuits de Fourvière, de juin à août, investissent les théâtres antiques romains du Ier siècle, classés au titre des monuments historiques. Assister à un concert de musique électronique dans des gradins romains, à 300 mètres au-dessus de la ville, à 22h avec la skyline de Lyon en arrière-plan, c’est une expérience que je n’ai retrouvée nulle part ailleurs, ni à Orange ni à Arles.
Questions fréquentes
Quels sont les lieux insolites à Lyon accessibles gratuitement ?
Plusieurs adresses ne coûtent rien : le cimetière de Loyasse, le Mur des Canuts, la Fresque des Lyonnais, les serres du Parc de la Tête d’Or et la plupart des traboules de la Croix-Rousse en journée. Compter une demi-journée pour en faire un circuit cohérent à pied depuis la station de métro Croix-Paquet (ligne C).
Comment visiter le sous-sol de Lyon ?
L’association Lugdunum Souterrain propose les visites les plus sérieuses des galeries et bunkers, avec des guides historiens. Il faut réserver en ligne sur leur site, les créneaux partent vite. Le musée gallo-romain de Fourvière (7 €, tarifs 2026) donne accès aux vestiges romains sans réservation préalable.
Les traboules de Lyon sont-elles toutes accessibles au public ?
Non. Sur les 315 traboules répertoriées par la Ville de Lyon, environ 40 sont officiellement ouvertes au public. Les autres appartiennent à des copropriétés privées. Certaines sont accessibles avec une association de guides agréés par l’Office de Tourisme de Lyon, qui détient des clés de passages privés.
Quelle est la meilleure période pour visiter les lieux insolites de Lyon ?
Le printemps (avril-mai) offre la lumière la plus favorable pour les fresques et les jardins, avec une fréquentation encore raisonnable. Décembre vaut absolument le détour pour la Fête des Lumières (4 jours autour du 8 décembre), mais les hôtels affichent complet six mois à l’avance et les prix doublent en moyenne.
Peut-on combiner lieux insolites et gastronomie lyonnaise en une journée ?
Facilement. Je vous suggère ce rythme : matinée dans les traboules et fresques de la Croix-Rousse, déjeuner dans un bouchon du Vieux-Lyon (menu complet autour de 28 €), après-midi au cimetière de Loyasse et aux thermes romains de Fourvière, puis soirée à la Sucrière ou aux Grandes Locos selon la programmation. L’ensemble se fait sans voiture.
Y a-t-il des visites guidées spécialisées sur les lieux insolites de Lyon ?
Oui. L’Office de Tourisme de Lyon propose des circuits thématiques « Lyon secret » entre 12 et 18 € par personne. Des guides indépendants comme ceux du collectif Lieux Dits Lyon organisent des visites nocturnes, des parcours gastronomiques insolites ou des balades photographiques dans les cours intérieures. Les réservations se font en ligne, généralement 48h à l’avance.
Lyon est-elle accessible pour un week-end depuis Paris ?
Le TGV Paris-Lyon relie Lyon Part-Dieu en 1h58 depuis la gare de Lyon (Paris). Les billets SNCF en seconde classe partent de 29 € en réservation anticipée, jusqu’à 85 € en pleine période. Pour un week-end axé sur les lieux insolites, deux nuits suffisent si vous êtes organisé. Je recommande de loger dans le 1er ou le 4e arrondissement pour accéder à pied aux principales adresses.
Ce que Lyon m’a appris au fil des années, c’est qu’elle se révèle à ceux qui refusent l’itinéraire tout tracé. J’y retourne chaque année avec la certitude de trouver quelque chose que j’avais raté la fois précédente : une porte que je n’avais pas poussée, un escalier dérobé, une fresque inaugurée six mois plus tôt sur un mur que je connais depuis dix ans. Si vous ne devez retenir qu’un seul conseil, c’est celui-ci : levez les yeux, poussez les portes cochères, et prenez les rues en pente. Lyon se mérite.




