visiter turin

Visiter Turin : l’Italie baroque, chocolatée et secrète du Piémont

Turin est sans doute la ville d’Italie la plus injustement ignorée des voyageurs français.

Ancienne capitale du Royaume de Sardaigne, berceau de la Fiat, de Lavazza et du gianduiotto, elle déroule sur plus de 18 kilomètres ses portiques couverts et ses perspectives haussmanniennes avant l’heure, adossée aux Alpes qui apparaissent, par temps clair, au bout de chaque avenue comme une toile de fond improbable.

Visiter Turin, c’est découvrir une métropole qui a inventé la modernité industrielle italienne sans jamais sacrifier son âme baroque, sa culture du café historique et une gastronomie que les connaisseurs placent parmi les premières d’Italie.

Deux à trois jours suffisent pour en faire le tour, mais la ville récompense généreusement ceux qui choisissent d’y revenir.

Quelle est la meilleure période pour visiter Turin ?

Avril, mai et septembre, octobre constituent les quatre mois idéaux. Les températures sont douces, la lumière de fin de journée sur les façades ocre et crème du centro storico est remarquable, et les Alpes encore enneigées en arrière-plan composent des panoramas que peu de capitales européennes peuvent offrir. Le Piémont viticole voisin est également à son meilleur à l’automne, avec les vendanges du Barolo et du Barbaresco qui animent les collines des Langhe.

L’été turinois est agréable, plus aéré que Rome ou Florence grâce à l’altitude relative et à la proximité des massifs. Juillet et août sont chauds mais rarement étouffants. L’hiver est froid et parfois brumeux, mais il révèle une ville d’une élégance hivernale saisissante, avec les cafés historiques en plein régime et les premiers Turinois en manteau qui commencent l’aperitivo à 18h sous les portiques.

PériodeTempératuresAffluenceMon verdict
Mars à avril8 à 18°CFaibleTrès bonne option
Mai à juin16 à 26°CModéréeIdéale
Juillet à août22 à 32°CModéréeAgréable, moins dense que le sud
Septembre à octobre14 à 24°CFaibleMa période préférée
Novembre à février0 à 10°CTrès faibleCafés, chocolat, prix mini

Les monuments incontournables de Turin

Turin déploie ses richesses dans un ordre logique et marchable, le centro storico concentrant l’essentiel des sites à pied, avec une excursion recommandée vers la Venaria Reale en dehors de la ville.

La Mole Antonelliana et le Musée du Cinéma

La Mole Antonelliana est à Turin ce que la Tour Eiffel est à Paris : l’édifice qui définit la skyline de la ville et dont on se demande comment la ville existait sans lui. Conçue en 1863 comme synagogue par l’architecte Alessandro Antonelli, cette tour de 167 mètres a finalement été rachetée par la municipalité et convertie en monument de l’unité nationale, avant d’accueillir à partir des années 1990 le Musée national du Cinéma, l’un des plus immersifs et des mieux conçus d’Europe.

Le billet d’entrée plein tarif coûte 16 euros. L’accès à l’ascenseur panoramique est de 9 euros supplémentaires, ou 20 euros pour le billet combiné musée et ascenseur. Le musée est fermé le mardi. Je recommande de réserver en ligne à l’avance pour les créneaux d’ascenseur, surtout le week-end, les files d’attente pouvant dépasser une heure en haute saison.

L’ascenseur en verre qui traverse la salle centrale du musée jusqu’à la coupole est lui-même une expérience : depuis le sommet, par temps dégagé, les Alpes apparaissent au-dessus des toits rouges et des avenues rectilignes de la ville dans une panoramique à 360 degrés que l’on n’oublie pas facilement.

Le Musée Égyptien : le deuxième plus grand musée égyptologique du monde

Le Museo Egizio est peut-être la raison la plus solide de venir à Turin pour les voyageurs qui ne connaissent pas encore la ville. Sa collection compte plus de 30 000 objets, ce qui en fait la plus importante collection égyptologique après celle du musée du Caire. Momies, sarcophages, papyrus, statues colossales et bijoux de l’Égypte ancienne sont présentés dans une scénographie contemporaine remarquable, dans les locaux d’un ancien collège baroque du XVIIe siècle.

La réservation en ligne est fortement recommandée. Le billet adulte standard tourne autour de 15 euros. Prévoyez au minimum deux heures et demie, davantage si vous vous intéressez sérieusement à l’égyptologie.

La Piazza Castello et le coeur baroque de la ville

La Piazza Castello est le centre de gravité de Turin, une place à ciel ouvert qui concentre en quelques mètres carrés le Palazzo Madama avec son musée d’art antique, le Palazzo Reale et sa collection de salles d’apparat somptueuses, et la Real Chiesa di San Lorenzo, chef-d’oeuvre baroque de Guarino Guarini dont la coupole à lacets géométriques est l’une des constructions les plus extraordinaires du XVIIe siècle.

La Piazza San Carlo, à deux minutes à pied, est surnommée le salon de Turin. Entourée de portiques continus et de deux églises quasi jumelles, elle accueille depuis des siècles les cafés historiques les plus élégants de la ville. C’est ici que se prend le bicerin le plus solennel, et c’est ici que Turin affiche sa meilleure version d’elle-même.

La Reggia di Venaria Reale : le Versailles piémontais

À 10 kilomètres du centre, la Reggia di Venaria est un palais royal baroque inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco qui rivalise en dimensions et en somptuosité avec les plus grandes résidences royales d’Europe. Sa Galerie de Diane, longue de 80 mètres, ses jardins à la française sur 60 hectares et l’ensemble cohérent de ses cours et chapelles justifient une demi-journée entière, idéalement combinée avec le City Pass.

Le tarif d’entrée varie selon les formules, entre 12 et 20 euros. Le palais est accessible en navette depuis le centre-ville.

Turin et la gastronomie : une culture à part entière

Turin est la capitale italienne du chocolat, un fait que peu de visiteurs connaissent avant d’arriver et que l’on regrette de ne pas avoir su plus tôt. La ville produit à elle seule environ 40 pour cent de la production nationale de chocolat, et sa tradition confisière remonte au XVIIe siècle, quand la cour des Savoie importa le cacao d’Espagne.

Le gianduiotto, ce chocolat praliné à la noisette des Langhe façonné en lingot d’or, est né ici en 1865 pour pallier la pénurie de cacao pendant les guerres napoléoniennes. On le déguste encore aujourd’hui dans les confiseries historiques du Quadrilatero Romano, plié dans sa papillote métallique, avec une qualité qui n’a pas bougé d’un cran depuis 150 ans.

Le Caffè Bicerin, Via della Consolata, sert depuis 1763 la boisson éponyme : un mélange précis de café, chocolat fondu et crème qui ne se mélangent pas, que l’on boit en trois couches successives dans un petit verre trapu. Nietzsche en était amateur. Puccini aussi. C’est l’une des boissons les plus particulières d’Italie, et la maison qui la sert depuis plus de 260 ans sans en changer la recette mérite seule le détour.

Les cafés historiques sous les portiques de la Piazza San Carlo, le Caffè Torino et le Caffè San Carlo, pratiquent l’aperitivo turinois dans un décor Belle Époque intact. Turin a inventé l’aperitivo avant Milan, et elle le sert encore avec une générosité de table qui accompagne chaque verre d’amuse-bouches substantiels.

Quel budget prévoir pour visiter Turin ?

Turin est l’une des grandes villes d’Italie les plus abordables, avec des prix d’hébergement et de restauration sensiblement inférieurs à Rome, Florence ou Milan. C’est un argument supplémentaire pour ceux qui hésitent encore.

Voici les repères pratiques essentiels :

  • Un café espresso dans les cafés du centre tourne entre 1,20 et 2 euros au comptoir.
  • Le City Pass de Turin (2, 3 ou 5 jours) couvre les transports et les musées : il est rentable dès deux jours de visite intensive.
  • Un billet pour la Mole et son ascenseur panoramique revient à 20 euros en formule combinée.
  • Un repas du soir dans une trattoria de San Salvario ou du Quadrilatero Romano tourne entre 18 et 30 euros par personne.
  • Une nuit en hôtel 3 étoiles dans le centro storico s’établit entre 90 et 160 euros.

Pour un séjour de deux nuits à deux personnes avec hébergement central, City Pass, entrées des principaux musées et repas quotidiens, il faut prévoir entre 500 et 850 euros selon le niveau de confort.

Les quartiers à explorer

Le Centro Storico et le Quadrilatero Romano forment le coeur que je recommande pour un premier séjour. Le centro storico est monumental et rectiligne, avec ses avenues à portiques qui permettent de flâner même sous la pluie. Le Quadrilatero Romano, juste au nord, est sa version intime et bohème : ruelles médiévales héritées du plan de la cité romaine d’Augusta Taurinorum, bars à aperitivo animés, épiceries fines et trattorias sans enseigne fréquentées par les habitants.

San Salvario, au sud de la gare Porta Nuova et en lisière du Parco del Valentino, est le quartier jeune et vivant de Turin. Sa concentration de restaurants et de bars en fait la destination de soirée idéale. Vanchiglia, de l’autre côté du Pô, est le choix bohème et tranquille, très prisé des étudiants et des habitués de la ville.

Mes pépites à voir absolument

Turin est une ville à double fond, et ses trésors cachés sont parfois plus fascinants que ses monuments officiels.

Turin ésotérique : la ville magique sous les portiques baroques

Peu de visiteurs savent que Turin est considérée, avec Prague et Lyon, comme l’une des trois villes les plus ésotériques du monde. Cette réputation n’est pas anecdotique : l’architecture baroque de la ville dissimule des symboles occultes parfaitement documentés, et des visites guidées nocturnes partent régulièrement de la Piazza Statuto, réputée être le point d’entrée des énergies négatives de la ville. L’étoile à cinq branches du monument aux morts du Fréjus qui orne la place est l’un des points de départ de cette géographie mystérieuse. Ces visites durent deux heures et se réservent en ligne auprès de plusieurs opérateurs locaux.

Les souterrains de Turin : 15 mètres sous le centro storico

À 15 mètres sous les places baroques, un réseau de galeries souterraines traverse les sous-sols des palais, les catacombes des plus anciennes églises et les glacières royales de Porta Palazzo. Visitables uniquement en groupe guidé avec lampe torche, ces tunnels ont servi de refuge pendant les guerres et les famines. C’est une face totalement cachée de la ville, que la plupart des visiteurs ne soupçonnent pas depuis les belles avenues du dessus.

La Piste du Lingotto : courir sur un toit d’usine Fiat

L’ancienne usine Fiat Lingotto, construite en 1916 dans le quartier du même nom, avait une particularité que nul autre bâtiment industriel au monde ne peut revendiquer : une piste d’essai automobile de 500 mètres posée en plein air sur son toit. Les voitures sortaient de la chaîne de montage et grimpaient en spirale jusqu’au dernier étage pour être testées sur le circuit. Reconvertie en centre commercial et hôtel par l’architecte Renzo Piano dans les années 1990, la piste est toujours là, visitable, avec une vue époustouflante sur Turin et les Alpes qui justifie à elle seule le trajet en métro depuis le centre.

Le Museo Pietro Micca et ses galeries militaires souterraines

Ce musée discret raconte la résistance héroïque du soldat Pietro Micca lors du siège de Turin en 1706, qui fit exploser une galerie souterraine pour stopper l’avancée des troupes françaises au prix de sa vie. La vraie pépite est en dessous : les galeries militaires du XVIIe siècle que le musée donne accès sont les seules encore visitables d’un réseau original de 14 kilomètres. La visite guidée descend dans des tunnels étroits et humides où se décida le sort de la ville, pour une expérience qui mêle histoire militaire et sensations physiques inattendues.

Le Quadrilatero Romano : 2 000 ans superposés entre deux bars

Ce micro-quartier au coeur de Turin est directement superposé sur le tracé de l’ancienne cité romaine d’Augusta Taurinorum. Ses rues conservent des pans de murailles romaines du Ier siècle enfouies entre des bars branchés et des restaurants de quartier, une stratification de vingt siècles que très peu de visiteurs remarquent tant l’endroit ressemble à n’importe quel beau quartier historique. Cherchez les traces de l’ancienne porte Palatine, en brique rose, encore debout à l’entrée nord du quartier : c’est l’une des portes romaines les mieux préservées d’Europe, et elle donne sur un parking.

Le Village Leumann : l’utopie ouvrière de la banlieue

À quelques kilomètres du centre, dans la commune de Collegno, la Cité Leumann est une cité-ouvrière modèle construite à la fin du XIXe siècle par un entrepreneur suisse autour de son usine textile. Maisons en brique rouge, école, église, jardins privatifs, coopérative de consommation : tout a été conçu comme une utopie sociale cohérente, aujourd’hui quartier résidentiel tranquille et quasi inconnu des touristes. Son architecture Liberty et l’atmosphère de village préservé qu’il dégage constituent un dépaysement total à vingt minutes du centro storico.

Le circuit chocolaté historique

Turin mérite une demi-journée entièrement consacrée à sa culture chocolatière. La Stratta, fondée en 1836 sur la Piazza San Carlo, est l’adresse historique la plus élégante, avec ses vitrines en bois doré et ses boîtes de gianduiotti enveloppées de papier marbré. Le Pfatisch, maître chocolatier depuis 1915, produit certains des meilleurs bonbons de noisette du Piémont. Dans les ruelles du Quadrilatero Romano, plusieurs confiseries perpétuent la tradition du gianduiotto artisanal que l’on déguste sur place, debout au comptoir, comme un espresso.

Réussir son séjour à Turin

Visiter Turin est une expérience que j’ai souvent vue transformer des voyageurs qui n’attendaient pas grand-chose en admirateurs inconditionnels de la ville. Le secret tient à une règle simple : prenez le City Pass dès l’arrivée, planifiez le Musée Égyptien et la Mole en matinée le premier jour, et laissez vos après-midis libres pour les portiques, les cafés historiques et les aperitivo du Quadrilatero Romano.

Dormez dans le centro storico ou dans le Quadrilatero pour tout avoir à portée de main. Le métro est utile pour rejoindre San Salvario ou le Lingotto. Turin est une ville qui se marche et se découvre au rythme des portiques, ce réseau de galeries couvertes unique au monde qui permet de traverser la cité de bout en bout sans jamais prendre la pluie.

Si vous êtes passionné de vins, ajoutez une demi-journée pour descendre dans les Langhe vers Barolo ou La Morra : à moins d’une heure de route, les collines viticoles les plus nobles d’Italie attendent avec leurs caves ouvertes et leurs vues sur les Alpes.

Questions fréquentes sur la visite de Turin

Comment rejoindre Turin depuis la France ou les grandes villes italiennes ? Turin est accessible depuis Paris en TGV via Lyon en environ 5h30 jusqu’à la gare Porta Susa. Depuis Milan, le trajet en train régional dure une heure. Depuis Rome, le Frecciarossa met environ 4h30. L’aéroport international Torino Caselle est relié au centre-ville par navette toutes les 30 minutes.

Le City Pass de Turin vaut-il vraiment le coup ? Oui, très clairement, dès lors que l’on prévoit au moins deux musées par jour. Le City Pass de 48 heures couvre les transports en commun et donne accès aux principaux musées, dont le Musée Égyptien, la Mole Antonelliana, le Palais Royal et le Palazzo Madama. Pour un séjour de deux jours chargé en visites, il est rentabilisé dès la première journée.

Turin est-elle une ville sûre ? Oui, Turin est l’une des villes italiennes les plus sûres pour les voyageurs. Le centro storico, le Quadrilatero et San Salvario sont très tranquilles, y compris en soirée. Une vigilance normale s’impose autour de la gare Porta Nuova et dans certaines parties du quartier Aurora la nuit.

Quelles excursions faire depuis Turin ? La Sacra di San Michele, abbaye médiévale perchée sur un éperon rocheux à 40 kilomètres, est l’excursion d’une demi-journée la plus spectaculaire. Le Piémont viticole, avec Barolo, La Morra et le village médiéval d’Alba, se fait en voiture en une journée. Les Alpes sont à moins de deux heures : Sestrières et Courmayeur sont accessibles à la journée en voiture ou en navette.

Quelle est la meilleure adresse pour découvrir le bicerin authentique ? Le Caffè Al Bicerin, Via della Consolata 4, est l’adresse originale, ouverte depuis 1763. L’endroit est minuscule, les tables en marbre sont les mêmes depuis deux siècles, et la boisson que l’on vous sert n’a pas changé de recette depuis l’origine. C’est l’une des expériences gastronomiques les plus singulières d’Italie entière.