Je me souviens parfaitement de ma première arrivée au Point Sublime, un matin de juillet. Le parking était déjà bondé à 9h30 et les moteurs de camping-cars ronronnaient le long de la départementale. J’ai fini par laisser ma voiture 2 km en aval, près d’un vieux chêne, pour parcourir à pied ce ruban d’asphalte en surplomb du vide. Devant moi, la faille vertigineuse des Gorges du Verdon s’ouvrait sur 700 mètres de profondeur. Depuis, j’y suis retourné en mai, en septembre et même en mars, testant les sentiers, les loueurs de kayaks, les campings et les terrasses ombragées. Si vous cherchez que faire dans les Gorges du Verdon sans perdre de temps ni exploser votre budget, voici ce que je retire de ces séjours, avec des tarifs et des règles à jour en 2026.
La Route des Crêtes, le balcon du vertige
Dès La Palud-sur-Verdon, la D23 forme une boucle de 24 km qui domine le canyon. On l’appelle la Route des Crêtes et elle concentre une dizaine de belvédères accessibles en voiture, à vélo ou à moto. Je l’ai parcourue trois fois, dont une au guidon d’un vélo électrique loué 35 € la demi-journée à La Palud (tarif constaté en juin 2026). C’est selon moi la meilleure façon d’appréhender le relief sans subir les embouteillages de juillet-août.
Le revêtement est bon, mais la route est étroite. Croiser un minibus peut donner quelques sueurs. Les panneaux de roche indiquent chaque point de vue. Certains ne sont qu’une encoche dans la falaise, d’autres disposent d’un muret et d’un promontoire.
Les belvédères à ne pas rater
- Belvédère de Mayreste : vue plongeante sur la partie la plus encaissée du canyon, idéal au lever du soleil.
- Belvédère de l’Escalès : on aperçoit les falaises de l’Imbut et parfois les vautours fauves réintroduits par le Parc naturel régional du Verdon.
- Belvédère des Glacières : l’angle parfait pour photographier la rivière turquoise qui serpente 400 mètres plus bas.
Je vous conseille de démarrer tôt, avant 10h même en semaine. En août 2025, j’ai vu une file de voitures immobilisée 20 minutes avant le parking du premier belvédère. Les aires de stationnement sont petites, et il n’y a pas de service de navette sur cette boucle, contrairement au départ du Sentier Blanc-Martel.
Le Sentier Blanc-Martel, l’aventure au fond du canyon
Ce sentier mythique relie le Chalet de la Maline au Point Sublime en descendant jusqu’à la rivière. Il fait 15 km et demande une bonne condition physique. Je l’ai parcouru en septembre avec des amis, départ 7h depuis la Maline. Nous sommes arrivés au Point Sublime vers 15h30, avec une pause déjeuner dans les tunnels. Comptez 6 à 8 heures de marche effective, plus les arrêts photos.
L’itinéraire traverse deux tunnels non éclairés, des escaliers métalliques scellés dans la roche et une passerelle suspendue au-dessus du Verdon. À chaque coude du sentier, le bruit de l’eau envahit l’espace. C’est une expérience physique, mais aussi une plongée dans l’histoire des aménagements hydrauliques de la fin du XIXe siècle.
Préparer sa randonnée : départs, durée et équipement
Le parcours n’est pas une boucle. Il faut prévoir une navette pour récupérer son véhicule. Des compagnies locales comme TransVerdon assurent la liaison entre le Point Sublime et le Chalet de la Maline pour 8,50 € l’aller-retour adulte (prix relevé au T1 2026). Le retour simple coûte 4,50 €. Je vous déconseille absolument de tenter le stop, car la route est sinueuse et peu fréquentée en dehors des heures de pointe.
Côté équipement, une frontale est obligatoire pour les tunnels ; une réserve d’eau de 2 litres par personne est un minimum en été. Je me suis retrouvé un jour de septembre avec une gourde vide dans la dernière montée, et l’ombre est rare. Les chaussures de randonnée fermées évitent les entorses sur les pierriers.
Naviguer sur le lac de Sainte-Croix, l’inévitable baignade
Le lac de Sainte-Croix est la porte d’entrée des basses gorges. Dès que le thermomètre dépasse les 28 °C, l’eau turquoise attire une foule compacte. Les bases nautiques s’étalent le long de la plage de Bauduen et de Sainte-Croix-du-Verdon. J’ai testé la location de kayak à la base Aqua Lac au mois de mai, puis en plein mois d’août, et l’écart de fréquentation est saisissant.
En mai, je pagayais seul entre les parois calcaires ; en août, j’ai compté plus de 50 embarcations alignées sur les 500 premiers mètres de la gorge. L’ambiance est alors plus festive que sauvage, mais le spectacle reste superbe.
Kayak, pédalo ou paddle : tarifs constatés
Les tarifs des loueurs sont assez homogènes sur le lac. En 2026, j’ai relevé les prix suivants, affichés à l’entrée de trois bases différentes :
| Embarcation | 1 heure | 2 heures | 4 heures |
|---|---|---|---|
| Kayak monoplace | 20 € | 35 € | 60 € |
| Kayak biplace | 25 € | 45 € | 75 € |
| Pédalo 4 places | 25 € | 50 € | 100 € |
| Paddle | 20 € | 35 € | 60 € |
Beaucoup de vacanciers optent pour un format d’une heure, ce qui laisse juste le temps d’atteindre l’entrée du canyon et de faire demi-tour. Si vous voulez remonter la gorge sur 2 km jusqu’au détroit de Baudinard, prévoyez au moins deux heures de location. Pensez à réserver un jour à l’avance en saison haute ; je me suis fait refouler de deux bases un samedi d’août faute de créneau.
Descentes en rafting et aqua trekking autour de Castellane
Castellane est le camp de base des amateurs d’eau vive. La portion du Verdon en amont du lac offre des rapides de classe II à IV selon la saison. J’ai effectué une descente en rafting début juillet avec un moniteur du groupe Eau Vive Verdon (45 € par personne pour 2h30 de navigation). Le briefing était précis, et l’équipement en bon état. Le parcours alterne passages calmes où l’on peut sauter du bateau et rapides techniques qui arrosent tout le monde.
Frissons pour tous les niveaux
Pour les débutants, les prestataires proposent des sorties familiales avec un minimum de 8 ans. Pour les plus sportifs, l’aqua trekking mêle nage en eau vive, sauts et toboggans naturels dans la rivière. J’ai vu un groupe équipé de combinaisons néoprènes partir pour 3 heures d’activité, facturées autour de 70 € par personne. L’expérience est intense et dépend beaucoup du débit du Verdon, contrôlé par le barrage de Castillon. Vérifiez la météo la veille, car les orages d’été peuvent faire monter le niveau en une heure.
Une alerte orange avait entraîné la fermeture complète de la navigation dans les gorges le 11 juillet 2026, de 13h à 21h. Les loueurs ont dû annuler toutes les réservations de l’après-midi. Je vous recommande donc de vérifier le jour même les restrictions auprès de l’office de tourisme de Castellane.
Les villages de caractère autour du Verdon
Le canyon ne se résume pas à l’adrénaline. Les villages perchés alentour méritent une pause. J’ai tissé mon itinéraire entre Moustiers-Sainte-Marie, blotti sous son étoile dorée, La Palud-sur-Verdon et ses terrasses de café, et Quinson, point d’entrée des basses gorges et de son Musée de Préhistoire.
Où dormir et manger sans se ruiner
À La Palud, j’ai testé le camping municipal La Barlière (17 € la nuit pour un emplacement tente en juin 2026). Le village compte deux épiceries et un très bon boulanger. À Moustiers, la note monte vite : comptez 25 à 30 € pour un plat le soir sur la place de l’église. Si vous voyagez en van, rappelez-vous que le bivouac est strictement interdit dans tout le périmètre des gorges, y compris sur les berges du lac. J’ai vu une patrouille de gardes champêtres dresser une contravention de 135 € à un couple installé près de la plage de Chabassole. L’amende est dissuasive. Les feux et barbecues sont aussi prohibés dans tous les espaces naturels du Verdon, avec la même sanction.
Pour les budgets serrés, l’option maligne consiste à dormir dans les villages un peu plus éloignés comme Riez, où des chambres d’hôtes affichent 60 € la nuit, contre 90 à 110 € à Moustiers. Des navettes saisonnières relient Riez à Castellane pour environ 4 € le trajet simple.
Accès, navettes et stationnement : éviter la galère estivale
Le point noir des Gorges du Verdon reste le parking. Comme dans les Calanques de Cassis, l’afflux de véhicules sature les aires officielles dès le milieu de matinée. J’ai vécu un dimanche de Pentecôte à chercher une place près du Point Sublime pendant 45 minutes. La solution réside dans les parkings relais avec navettes, mis en place de juin à septembre. Le parking de la Palud propose une rotation de minibus vers le départ du Blanc-Martel de 8h à 21h30. L’aller-retour pour un adulte revient à 8,50 € (tarif 2026), celui des enfants à 5,50 €.
Prévoyez d’arriver avant 9h si vous comptez vous garer au plus près des plages du lac. Passé 10h, les barrières se ferment parfois automatiquement lorsque les 300 places du parking de la base nautique de Sainte-Croix sont occupées. Une alternative consiste à stationner à Bauduen et à longer le lac à pied par le sentier piétonnier (environ 30 minutes de marche).
Questions fréquentes
Quand partir pour éviter la foule ?
Juin et septembre sont les mois les plus agréables. La météo reste favorable (22 à 28 °C en moyenne), les kayaks sont disponibles sans réservation et les campings ne sont pas saturés. En juillet-août, les activités nautiques sont possibles, mais l’ambiance change radicalement. Pour les randonneurs, mai offre un débit encore puissant et des floraisons sur les causses.
Peut-on se baigner facilement dans les gorges ?
Oui, mais pas n’importe où. Le lac de Sainte-Croix propose de larges plages de galets, comme celle de Galetas ou de Bauduen. Dans les gorges elles-mêmes, l’accès à l’eau est limité aux plages naturelles accessibles uniquement en kayak ou après une descente à pied depuis le sentier Blanc-Martel. La baignade dans la rivière en amont de Castellane est possible sur les plages de galets, mais l’eau reste fraîche (14 à 16 °C) même en été.
Quel est le prix d’une location de kayak ?
Les tarifs standardisés oscillent entre 20 et 25 € de l’heure par embarcation. Des formules à la demi-journée existent (60 à 75 €) et restent plus rentables si vous souhaitez explorer les gorges en profondeur.
Peut-on faire du camping sauvage ou un bivouac ?
Non, interdiction totale dans les gorges et autour des lacs. L’amende forfaitaire est de 135 € par personne. Les contrôles sont fréquents la nuit en été. Je vous conseille de réserver un camping à l’avance, surtout pour un week-end prolongé.
Quel équipement prévoir pour le sentier Blanc-Martel ?
Chaussures de randonnée, frontale, 2 litres d’eau minimum, pique-nique, maillot de bain (une halte baignade est possible vers le milieu du parcours), vêtements de pluie en cas d’orage. Les tunnels sont intégralement dans le noir ; la lampe frontale n’est pas une option.
Les chiens sont-ils autorisés sur le sentier ?
Ils sont autorisés tenus en laisse, mais je déconseille fortement pour un chien non habitué aux passages escarpés. Les tunnels et les escaliers métalliques peuvent être impressionnants, et il n’y a aucune source d’eau sur le trajet.
Faut-il réserver les activités en ligne ?
En juillet et août, la réservation en ligne est quasi obligatoire pour le rafting, le canyoning et certaines créneaux de kayak. J’ai réservé ma session de rafting via le site de l’office de tourisme de Castellane une semaine à l’avance. Pour la randonnée, aucune réservation n’est nécessaire, mais prévoyez votre billet de navette retour le matin même.
L’an passé, au détour d’un virage de la Route des Crêtes, j’ai arrêté le moteur pour écouter le silence. Le vent s’engouffrait dans la faille et un couple de vautours traçait des cercles parfaits au-dessus de l’Escalès. J’ai repensé à la bousculade du lac, aux amendes pour bivouac, à la queue des kayaks, et je me suis dit que tout ça valait quand même le détour. Mon dernier conseil : venez hors saison, quitte à poser un jour de congé. Un jeudi de juin à 8h, le canyon n’appartient qu’à vous.




