La première fois que j’ai posé mon sac à Reykjavik, j’ai parcouru la ville en long et en large pendant cinq jours d’affilée, de Laugavegur jusqu’aux faubourgs industriels du port. Ce que j’ai découvert, c’est une capitale islandaise fondamentalement différente de toutes les destinations européennes que je connais sur le plan de la sécurité. Mais « fondamentalement sûre » ne veut pas dire « identique partout ». Il existe des zones, des ambiances et des contextes spécifiques que je vais vous détailler ici, avec les nuances que ce sujet mérite.
Reykjavik est-elle vraiment une ville sûre ? La réalité derrière le mythe
L’Islande figure systématiquement dans le top 3 de l’indice mondial de la paix (Global Peace Index) publié par l’Institute for Economics and Peace. En 2025, elle occupe la première place pour la 15e année consécutive. Reykjavik, sa capitale de 130 000 habitants, reflète cet état de fait avec un taux de criminalité violente parmi les plus bas de toute l’Union européenne élargie.
J’ai pu le constater moi-même : la police islandaise (la Lögreglan) patrouille sans être armée la majorité du temps, les urgences psychiatriques sont mobilisées en premier sur certaines interventions, et le nombre d’homicides y est quasi nul certaines années. Ce contexte change radicalement la façon dont il faut lire la notion de « quartiers à éviter à Reykjavik ».
Il ne s’agit pas ici de zones de trafic armé ou de grands ensembles en déshérence. Il s’agit de contextes précis, d’horaires particuliers et de comportements à adopter pour voyager intelligemment.
Le centre-ville le week-end en soirée : le seul vrai point de vigilance
Si vous cherchez le moment et le lieu qui concentrent le plus de désagréments à Reykjavik, c’est sans hésiter le centre historique un vendredi ou samedi soir après 23h. La rue Laugavegur et ses artères adjacentes (Austurstræti, Bankastræti) deviennent le terrain de la Rúntur, la tournée des bars islandaise.
La Rúntur : l’ambiance de la nuit reykjavikoise
Les Islandais ont une culture festive très spécifique : ils dînent tard, commencent à sortir vers minuit et l’ambiance monte jusqu’à 4h ou 5h du matin le week-end. Cela crée une concentration de personnes très alcoolisées dans un périmètre restreint de quelques centaines de mètres autour des clubs Paloma, Húrra et Bar 11.
En mars dernier, j’ai longe Laugavegur à 2h du matin un samedi : l’ambiance était festive mais aussi clairement saturée d’alcool. J’ai vu deux altercations verbales sans suite, plusieurs personnes dans un état d’ivresse avancé, et constaté que le vol de portefeuilles et d’appareils photo constitue la quasi-totalité de la petite délinquance nocturne de la ville (tarifs de nuit des taxis à surveiller aussi : comptez 3 000 à 5 000 ISK soit 20 à 35 € pour un trajet court).
- Pickpockets d’opportunité : essentiellement dans la foule compacte devant les clubs
- Agressions verbales : rares, liées à l’alcool, rarement physiques
- Vols de bagages dans les hostels du centre, si les affaires sont laissées sans surveillance dans les espaces communs
Faut-il éviter ce secteur la nuit ?
Je ne vous conseille pas d’éviter le centre la nuit, mais d’y circuler avec conscience. Rangez appareil photo et téléphone dans une poche zippée, restez sur les artères principales éclairées, et préférez rentrer en taxi plutôt qu’à pied si votre hébergement est à plus de 15 minutes.
Le quartier de Hlemmur et ses environs : une zone de transition
La place Hlemmur, ancienne gare routière reconvertie en marché alimentaire branché (le Hlemmur Mathöll), marque une frontière invisible dans l’est du centre. Le secteur immédiat est animé et sûr en journée. Mais les rues qui s’étendent au nord-est de cette place, vers Snorrabraut et Bergstaðastræti, concentrent une partie de la population marginalisée de la capitale.
J’ai passé une matinée à explorer ce secteur à pied depuis mon hébergement de Skólavörðustígur. La réalité est visible sans être menaçante : quelques individus visiblement en situation de précarité, des consommateurs de substances légères, une ambiance urbaine plus terne. C’est davantage un secteur de pauvreté visible que d’insécurité réelle pour le passant.
Les services sociaux islandais, notamment le Gæðaþjónustan (centre d’aide aux personnes vulnérables), sont d’ailleurs implantés dans ce périmètre. La présence de personnes en difficulté y est donc structurelle et gérée institutionnellement.
Les zones industrielles et portuaires : à éviter la nuit, pas le jour
Le port de Reykjavik (Miðbakki) et les zones industrielles de Grandi et Hafnarfjörður présentent un profil différent selon l’heure. En journée, Grandi est devenu un quartier tendance avec la Bíó Paradís (cinéma d’art et essai), le Reykjavik Street Food et le musée de la pêche. J’y ai déjeuné deux fois lors de mon dernier séjour en octobre, ambiance parfaite.
En revanche, les entrepôts et zones de stockage portuaires la nuit sont déserts, peu éclairés, et isolés des circuits de surveillance. Ce n’est pas dangereux au sens criminel du terme, mais c’est un contexte d’isolement total qui ne présente aucun intérêt pour un visiteur et dans lequel une mauvaise rencontre, aussi peu probable soit-elle, serait difficile à gérer.
- Grandi en journée : excellent, bien desservi, sécurisé
- Zone portuaire industrielle la nuit : aucun intérêt touristique, à éviter par simple bon sens
- Hafnarfjörður : ville satellite calme, sans enjeu sécuritaire particulier
Breiðholt et Árbær : les quartiers résidentiels périphériques
Ces deux quartiers du sud-est de Reykjavik sont régulièrement cités dans les discussions locales sur la sécurité relative. Breiðholt est le quartier le plus densément peuplé de la capitale, avec des immeubles collectifs des années 1970-1980 qui tranchent avec l’image cartographique de la ville.
Les statistiques de la police islandaise (publiées annuellement par la Ríkislögreglustjóri) montrent que Breiðholt concentre une légère surreprésentation des incidents mineurs : bagarres, nuisances sonores, petits vols. Rien de comparable à une zone sensible européenne, mais c’est le quartier le moins calme de la ville en proportion.
Árbær, plus à l’est encore, est essentiellement résidentiel et tranquille. Il héberge l’Árbæjarsafn, le musée en plein air de Reykjavik, et n’appelle aucune précaution particulière. Ces deux quartiers ne sont simplement pas des destinations touristiques : aucune raison de s’y rendre, donc aucune raison de s’inquiéter.
Les arnaques et désagréments que j’ai réellement rencontrés
Soyons honnêtes : les vrais risques à Reykjavik pour un touriste ne sont pas liés à des quartiers dangereux mais à des pratiques commerciales agressives et à des conditions climatiques sous-estimées.
Les prix et l’économie touristique
Reykjavik est l’une des villes les plus chères d’Europe. Un repas dans un restaurant correct du centre coûte entre 4 000 et 8 000 ISK (28 à 55 €) par personne en 2026. Certaines agences de tours proposant des excursions en aurores boréales ou des sorties en mer pratiquent des tarifs très variables pour des prestations identiques : j’ai vu le même circuit aurora borealis vendu entre 8 900 ISK et 19 000 ISK selon le point de vente.
Les conditions météo comme risque réel
La météo islandaise tue chaque année des randonneurs imprudents. Les tempêtes de vent à Reykjavik peuvent dépasser 30 à 40 m/s et survenir sans préavis. En novembre 2023, j’ai vu une portière de voiture arrachée par une rafale sur Sæbraut, le boulevard côtier. Consultez vedur.is (le site de l’office météo islandais) avant chaque sortie.
- Vêtements imperméables et coupe-vent indispensables toute l’année
- Chaussures de marche avec semelles antidérapantes entre octobre et avril
- Ne jamais s’approcher des falaises ou zones côtières lors d’alertes jaunes ou orange
Où séjourner à Reykjavik sans aucune préoccupation
La grande majorité des quartiers de Reykjavik convient parfaitement à un séjour serein. Voici ce que j’observe sur le terrain :
101 Reykjavik : le centre incontournable
Le code postal 101 couvre le centre historique avec Laugavegur, Hallgrímskirkja, le quartier de Tjörnin et Austurvöllur. C’est là que se concentrent les hébergements, restaurants et musées. La sécurité y est maximale en journée, avec les nuances nocturnes décrites plus haut.
Vesturbær : calme résidentiel à 10 minutes du centre
Ce quartier de l’ouest abrite l’Université d’Islande, la piscine géothermale Vesturbæjarlaug et des rues résidentielles très calmes. C’est mon secteur préféré pour séjourner : à 1,5 km du centre, sans aucun désagrément, avec un vrai sentiment de vie locale. Les tarifs Airbnb y sont environ 15 à 20 % inférieurs à 101.
Laugardalur : nature et sport
Ce quartier à l’est du centre abrite le zoo de Reykjavik, le parc de Laugardalur et la grande piscine thermale Laugardalslaug (900 ISK l’entrée soit environ 6 €, tarif T1 2026). Absolument aucun enjeu sécuritaire, idéal pour les familles.
Tableau comparatif des zones de Reykjavik
| Zone | Niveau de vigilance | Contexte | Recommandé pour |
|---|---|---|---|
| 101 Centre (jour) | 🟢 Très faible | Touristique, surveillé | Tous profils |
| 101 Centre (nuit WE) | 🟡 Modéré | Bars, alcool, foule | Jeunes adultes vigilants |
| Hlemmur / Snorrabraut | 🟡 Modéré | Précarité visible | Journée sans problème |
| Grandi (jour) | 🟢 Très faible | Quartier branché | Touristes, foodies |
| Zone portuaire industrielle (nuit) | 🟡 Modéré | Isolement, désert | À éviter sans raison |
| Breiðholt | 🟡 Faible à modéré | Résidentiel populaire | Pas de raison d’y aller |
| Vesturbær | 🟢 Très faible | Résidentiel calme | Séjour longue durée |
| Laugardalur | 🟢 Très faible | Parcs, piscines | Familles, sportifs |
Questions fréquentes
Y a-t-il des quartiers vraiment dangereux à Reykjavik ?
Non, pas dans le sens où on l’entend habituellement en Europe. Reykjavik est la capitale d’un pays classé premier mondial en termes de paix. Il n’existe pas de zone de non-droit, de trafic armé ou de criminalité organisée visible. Les désagréments se limitent à des ivresses nocturnes en centre-ville le week-end et à quelques situations de précarité sociale dans certains secteurs.
Est-ce sûr de se promener seul la nuit à Reykjavik ?
Globalement oui, y compris pour les femmes seules, ce que j’ai pu observer à plusieurs reprises lors de mes séjours. La nuit islandaise en été attire de nombreux marcheurs à toute heure car le soleil ne se couche pratiquement pas. En hiver, le centre reste bien éclairé et fréquenté. La vigilance usuelle (ne pas afficher d’objets de valeur, rester sur les axes principaux) suffit amplement.
Faut-il éviter Reykjavik pendant les grandes fêtes comme Áramót (Nouvel An) ?
C’est l’inverse : le Nouvel An islandais est un spectacle extraordinaire avec des feux d’artifice tirés par les particuliers depuis toute la ville pendant des heures. La foule est dense mais l’ambiance est festive et bon enfant. Prévoyez simplement un hébergement réservé très longtemps à l’avance car les prix triplent (comptez 300 à 600 € la nuit pour un logement correct en 101).
Les transports en commun de Reykjavik sont-ils sûrs ?
Complètement. Le réseau de bus Strætó dessert la ville sans aucun problème de sécurité rapporté. Les arrêts sont bien éclairés et le personnel est présent. Le seul inconvénient est que le service s’arrête relativement tôt le soir (vers 23h-minuit selon les lignes), ce qui impose le taxi pour les retours tardifs.
Que faire en cas de problème à Reykjavik ?
Composez le 112, numéro d’urgence unique islandais pour police, pompiers et ambulances. La police (Lögreglustöðin) est réactive et anglophone. Le commissariat central se trouve sur Hverfisgata, à deux minutes à pied de Laugavegur. Pour les urgences médicales non vitales, le Læknavaktin (service médical de garde) est joignable au 1770.
Les campings et auberges de jeunesse sont-ils sûrs à Reykjavik ?
Oui, avec une nuance pratique : les dortoirs collectifs des hostels du centre (notamment ceux sur Laugavegur et alentours) connaissent quelques vols d’opportunité dans les espaces communs. J’utilise systématiquement le casier à cadenas fourni par l’établissement pour passeport, espèces et appareil photo. L’Hostel B47 et le Reykjavik City Hostel ont des systèmes de sécurité corrects, constatés personnellement.
La route entre l’aéroport de Keflavik et Reykjavik est-elle sûre ?
Totalement sûre en conditions normales. Les 50 km de la route 41 entre Keflavik et la capitale se parcourent en 45 minutes. Le seul danger réel est météorologique : des vents violents et des conditions de verglas en hiver peuvent rendre la conduite difficile. Si vous louez une voiture (entre 60 et 120 € par jour selon la saison, tarifs T1 2026), souscrivez à l’assurance gravier et vent qui couvre les dommages spécifiques à l’Islande.
Reykjavik reste, après tous mes séjours en Islande, la capitale européenne où je me suis senti le plus sereinement en sécurité à toute heure. La vraie prudence ici ne consiste pas à cartographier des zones à éviter mais à respecter la météo, à surveiller son budget et à garder ses affaires en vue dans les espaces festifs du week-end. Si vous cherchez une destination pour un premier voyage en solo ou avec des enfants, l’Islande est objectivement l’un des choix les plus rassurants du monde : ne laissez pas une requête anxieuse sur les « quartiers à éviter » vous priver d’une des expériences de voyage les plus marquantes qui soit.




