J’ai posé le pied pour la première fois à Mumbai un soir de mousson, en juillet 2019. Mon taxi depuis l’aéroport de Chhatrapati Shivaji Maharaj a traversé des quartiers que je n’avais pas anticipés, et j’ai compris en quelques minutes que cette mégalopole de 21 millions d’habitants n’est pas une ville uniforme. Mumbai est un empilement de mondes parallèles, où un immeuble de verre jouxte une chawl délabrée. Avant de réserver quoi que ce soit, il vaut mieux savoir précisément où l’on met les pieds.
Ce que « quartier à éviter » signifie vraiment à Mumbai
Mumbai n’est pas une ville dangereuse au sens où l’entendent les voyageurs habitués à l’Amérique latine ou à certaines villes africaines. La grande criminalité violente ciblant les touristes y reste statistiquement faible. Pourtant, la ville concentre des zones où l’insécurité du quotidien, les escroqueries, les pickpockets organisés et les conditions sanitaires dégradées rendent le séjour pénible voire risqué.
Je parle ici de risques réels et documentés, pas de stigmatisation. Mon expérience sur place, lors de trois séjours totalisant six semaines entre 2019 et 2024, m’a permis d’identifier des secteurs précis où la vigilance doit être maximale.
Le risque diffère selon le profil du voyageur
Un touriste seul avec un sac à dos n’aura pas les mêmes expositions qu’une famille logeant en hôtel catégorie supérieure. Les femmes voyageant seules font face à des risques spécifiques de harcèlement dans certains secteurs, notamment dans les gares et les marchés bondés après 21h.
Les principales formes de risques rencontrées à Mumbai sont :
- Vols à l’arraché autour des grandes gares (CST, Dadar, Bandra)
- Arnaques aux taxis et tuk-tuks sans compteur dans les zones touristiques
- Harcèlement de rue dans les marchés nocturnes de certains quartiers populaires
- Risques sanitaires liés à l’eau et aux aliments dans les slums adjacents aux zones d’hébergement low-cost
Dharavi et ses abords : un mythe à démystifier
Dharavi est systématiquement cité comme le quartier à éviter à Mumbai. La réalité est plus nuancée. Ce slum de 2,4 km² situé entre Mahim et Sion abrite environ 700 000 habitants et génère une économie informelle estimée à plus d’un milliard de dollars par an selon les analyses du SPARC (Society for the Promotion of Area Resource Centres).
En mars 2023, j’ai effectué une visite guidée avec l’agence Reality Tours and Travel, opérateur reconnu qui reverse 80 % de ses bénéfices à des projets communautaires locaux. La visite en elle-même, en journée et encadrée, est sans danger. En revanche, s’aventurer seul dans les ruelles de Dharavi la nuit, sans connaissance du terrain, constitue une erreur que je déconseille fermement.
Les abords de Dharavi : la vraie zone de tension
Ce ne sont pas les ruelles intérieures de Dharavi qui posent problème, mais ses périphéries immédiates : la zone autour de la gare de Mahim, les abords de Dharavi Road la nuit, et le secteur de Sion Hospital Road après 22h. Ces zones concentrent une petite délinquance opportuniste dense et des groupes de consommateurs de drogues dures peu enclins au contact touristique.
Kurla et Govandi : les secteurs les plus déconseillés
Kurla West, dans la banlieue centrale de Mumbai, figure en haut de ma liste de secteurs à éviter. Cette zone autour de la gare de Kurla cumule une densité humaine extrême, des infrastructures quasi inexistantes et une concentration de trafics qui rend l’ambiance nocturne particulièrement hostile. J’y ai passé une heure en plein jour en 2022 pour rejoindre un correspondant local, et la pression de rue y était palpable même en journée.
Govandi, à l’extrême est de Mumbai, près de la décharge de Deonar, est probablement le secteur le plus difficile de toute l’agglomération. La décharge de Deonar, l’une des plus grandes d’Asie avec ses 120 hectares, génère des problèmes sanitaires et sociaux massifs dans les quartiers limitrophes. Aucune raison touristique ne justifie de s’y rendre.
Mankhurd et Trombay : l’est industriel à éviter
Ces deux secteurs de la zone est de Mumbai souffrent d’une combinaison d’isolement géographique, d’installations industrielles lourdes (raffinerie BPCL à Mahul) et d’une concentration de bidonvilles particulièrement précaires. Les associations de défense des droits environnementaux comme Greenpeace India ont documenté les effets sanitaires catastrophiques sur les résidents de Mahul village. Pour un voyageur, il n’y a aucun intérêt à s’y aventurer, et les risques de se retrouver dans une situation difficile y sont réels.
Les zones de vigilance renforcée pour les touristes
Au-delà des quartiers structurellement défavorisés, plusieurs zones très fréquentées par les touristes demandent une vigilance particulière, non pas pour la grande criminalité, mais pour la délinquance ciblée envers les visiteurs étrangers.
La gare Chhatrapati Shivaji Maharaj Terminus (CST)
La gare CST, classée au patrimoine mondial UNESCO, est l’un des monuments les plus photographiés de Mumbai. C’est aussi un point de concentration majeur de pickpockets professionnels et d’arnaqueurs aux faux billets de train. Tarifs constatés au T1 2026 : la commission illégale demandée par de faux « agents officiels » varie entre 500 et 2 000 roupies (5 à 20 €) pour un billet qui ne vaut rien.
J’ai personnellement failli me faire escroquer en 2019 par un homme en uniforme bleu qui prétendait gérer un « guichet spécial touristes » à l’extérieur de la gare. Le vrai guichet réservé aux touristes étrangers se trouve à l’intérieur du bâtiment, au premier étage, signalé en anglais.
Colaba Causeway et Gateway of India la nuit
Colaba est le quartier touristique par excellence, celui du célèbre hôtel Taj Mahal Palace et du Gateway of India. En journée, c’est animé et globalement sûr. Après 23h, les abords du Gateway of India et les ruelles derrière Colaba Causeway concentrent une population difficile à gérer : dealers insistants, faux guides et groupes désœuvrés. Les femmes seules y signalent régulièrement des situations d’intimidation.
Kamathipura : un quartier en mutation mais encore sensible
Historiquement le plus grand quartier de prostitution d’Asie, Kamathipura, situé près de Grant Road, est en cours de transformation immobilière accélérée. Malgré la gentrification partielle, les ruelles intérieures restent le théâtre d’activités illicites variées et l’atmosphère y est toujours oppressante pour un visiteur non averti. Je déconseille toute exploration nocturne de ce secteur.
Bandra Est versus Bandra Ouest : la même adresse, deux réalités
Bandra est souvent vendu comme le quartier branché de Mumbai, celui des stars de Bollywood comme Shah Rukh Khan ou Salman Khan qui y résident effectivement. Mais Bandra Ouest et Bandra Est sont deux mondes radicalement différents que la voie ferrée sépare.
Bandra Ouest, avec ses cafés, ses galeries et ses rues arborées de Pali Hill, est l’un des quartiers les plus agréables et les plus sûrs de Mumbai. Bandra Est, en revanche, borde la gare de Bandra et des zones de bidonvilles denses comme Shivaji Nagar. Les conditions d’insécurité y sont bien plus marquées, particulièrement autour de la gare après la tombée de la nuit.
Les précautions concrètes qui changent tout
Après six semaines cumulées à Mumbai, j’ai affiné une liste de réflexes qui réduisent considérablement les risques dans n’importe quel quartier de la ville.
- Utiliser exclusivement Uber ou Ola pour les déplacements nocturnes : prix fixé à l’avance, trajet tracé, pas de négociation
- Ne jamais afficher son téléphone dans les transports en commun, notamment dans les trains de banlieue bondés aux heures de pointe
- Éviter les distributeurs automatiques isolés après 21h, particulièrement dans Kurla, Dadar et les abords de CST
- Garder une copie numérique de son passeport sur un cloud accessible en cas de vol, procédure recommandée par l’ambassade de France à New Delhi
- S’habiller sobrement dans les quartiers populaires : les tenues trop occidentales dans des zones comme Dharavi Road ou Mohammed Ali Road attirent une attention non désirée
Les quartiers sûrs où séjourner à Mumbai
Mumbai offre de nombreuses zones où le séjour se déroule sans stress, avec un bon niveau de confort et de sécurité. Ces secteurs constituent mes recommandations personnelles selon les budgets.
Fort, Nariman Point et Marine Drive : le centre historique sécurisé
Le quartier de Fort, autour du Fort Mumbai historique, concentre des hôtels de qualité, des consulats et une présence policière forte. Marine Drive, le « Collier de la Reine » qui longe la mer sur 3,6 km, est sûre à toute heure. Les hôtels en front de mer donnant sur le Back Bay offrent un rapport qualité-sécurité excellent. Comptez entre 80 et 200 € la nuit pour un hôtel correct dans ce secteur (tarifs T1 2026).
Juhu et Andheri Ouest : le calme résidentiel du nord
Juhu, avec sa plage et ses restaurants, est un quartier résidentiel aisé où la sécurité est bonne. Andheri Ouest, centre névralgique de l’industrie audiovisuelle de Bollywood, est animé, bien éclairé et globalement sûr. La présence de nombreux hôtels d’affaires internationaux comme le JW Marriott Mumbai Juhu garantit un niveau de surveillance et d’infrastructure rassurant pour un voyageur occidental.
| Secteur | Niveau de risque | Profil recommandé | Budget hébergement |
|---|---|---|---|
| Govandi / Trombay | 🔴 Très élevé | À éviter absolument | N/A |
| Kurla Ouest | 🔴 Élevé | À éviter la nuit | N/A |
| Kamathipura | 🔴 Élevé | À éviter la nuit | N/A |
| CST / Bazar zone | 🟠 Moyen | Vigilance renforcée | 20-50 €/nuit |
| Colaba | 🟡 Faible/Moyen | Touristes, vigilance nocturne | 40-120 €/nuit |
| Bandra Ouest | 🟢 Faible | Tous profils | 60-150 €/nuit |
| Marine Drive / Fort | 🟢 Très faible | Familles, solo | 80-200 €/nuit |
| Juhu / Andheri Ouest | 🟢 Très faible | Familles, affaires | 70-180 €/nuit |
Questions fréquentes
Est-ce que Mumbai est dangereuse pour les touristes en général ?
Mumbai reste l’une des villes indiennes les plus sûres pour les voyageurs étrangers comparée à d’autres métropoles mondiales de même taille. Les crimes violents ciblant les touristes sont rares. Le risque principal est la délinquance opportuniste : vols, arnaques et harcèlement dans les zones très fréquentées. Une vigilance normale et quelques précautions logistiques suffisent dans la grande majorité des quartiers.
Peut-on visiter Dharavi en sécurité ?
Oui, à condition de passer par une agence agréée comme Reality Tours and Travel ou un guide certifié. La visite en journée et encadrée ne présente pas de danger particulier. En revanche, s’y aventurer seul sans connaissance du terrain, surtout la nuit, est fortement déconseillé. Le coût d’une visite guidée est d’environ 700 roupies soit moins de 8 € (tarifs T1 2026).
Quels sont les risques pour une femme voyageant seule à Mumbai ?
Le harcèlement de rue est le risque principal, surtout dans les zones très denses comme les marchés de Crawford Market, les abords de Dadar et les gares après 20h. Mumbai reste bien plus sûre que d’autres villes indiennes pour les femmes seules, mais éviter les déplacements nocturnes isolés dans les quartiers populaires reste une précaution essentielle. Les applications Uber et Ola permettent de limiter considérablement ce risque.
Le quartier de Colaba est-il sûr pour dormir ?
Colaba est globalement sûr et central, c’est le quartier historique des backpackers autour de la Colaba Causeway. En journée, c’est animé et sans problème majeur. La nuit, les abords immédiats du Gateway of India et les ruelles derrière le marché deviennent plus problématiques. Choisissez un hôtel donnant sur une rue principale éclairée plutôt qu’une pension dans une ruelle secondaire.
Faut-il éviter les trains de banlieue de Mumbai ?
Les trains de banlieue, opérés par Central Railway et Western Railway, transportent plus de 7 millions de personnes par jour. Ils sont sûrs mais très bondés aux heures de pointe (7h-10h et 17h-20h). Les wagons réservés aux femmes existent sur chaque rame et sont à privilégier absolument. Le risque principal dans les trains est le vol à la tire dans la cohue : gardez votre sac devant vous et votre téléphone rangé.
Quel est le quartier le plus sûr pour loger à Mumbai en famille ?
Pour un séjour en famille, je recommande en priorité Juhu ou Andheri Ouest pour leur calme résidentiel et leur accès facile aux attractions. Marine Drive et le secteur de Nariman Point constituent une excellente alternative plus centrale. Ces zones offrent de bonnes infrastructures hôtelières, un environnement bien éclairé et une présence policière visible.
Les arnaques au taxi sont-elles fréquentes à l’aéroport de Mumbai ?
L’aéroport Chhatrapati Shivaji Maharaj dispose d’un service de taxis officiels prépayés au comptoir de sortie du terminal. Ce service affiche les tarifs fixes selon la zone de destination, entre 600 et 1 200 roupies (6 à 12 €) pour la plupart des hôtels du centre (T1 2026). N’acceptez jamais un taxi proposé spontanément dans le hall des arrivées, les surfacturations de 300 à 500 % ne sont pas rares pour les voyageurs peu préparés.
Mumbai m’a soufflé par son énergie et sa générosité humaine lors de chacun de mes séjours. J’y ai mangé les meilleurs vada pav de ma vie sur le bord d’une route à Dadar, et j’ai regardé le soleil se coucher derrière le Gateway of India avec l’impression d’être exactement où je devais être. Cette ville récompense ceux qui arrivent informés. Évitez Govandi, Kurla Est et les abords de Kamathipura la nuit, choisissez Bandra Ouest ou Marine Drive pour dormir, et laissez Mumbai vous surprendre pour le reste.




