J’ai atterri à Cartagena un soir de février, valise à la main, en cherchant mon hôtel dans le quartier de Manga. Un chauffeur de taxi m’a regardé avec des yeux ronds quand je lui ai donné l’adresse, puis a simplement dit : « Touriste, tu sais où tu vas ? » Cette question m’a fait réaliser que Cartagena demande une lecture géographique précise avant d’y poser ses bagages. La ville est magnifique, la Cité fortifiée classée UNESCO est l’une des plus belles d’Amérique du Sud, mais la sécurité y est une affaire de rues, pas de réputation générale.
Ce que les chiffres disent vraiment sur la sécurité à Cartagena
Cartagena de Indias n’est pas Medellín, et elle n’est pas non plus un paradis sans risques. La ville affiche un taux d’homicides d’environ 18 pour 100 000 habitants (données DANE 2024-2025), ce qui la place en dessous de Cali ou Bogotá, mais bien au-dessus des standards européens.
La réalité sécuritaire se joue à l’échelle du quartier, parfois de la rue. Le touriste qui reste dans le Centro Histórico, Bocagrande ou Getsemaní bien éclairé n’a statistiquement quasiment aucun risque physique grave. Celui qui s’aventure sans repère dans Nelson Mandela ou Olaya Herrera la nuit joue avec des probabilités autrement plus sérieuses.
Les délits les plus fréquents affectant les voyageurs
Le vol à l’arraché reste le délit numéro un signalé aux autorités locales, suivi des pickpockets dans les zones de marché. J’ai personnellement failli me faire arracher mon téléphone sur l’avenue Venezuela un dimanche soir, sauvé uniquement parce que je l’avais glissé dans une poche zippée intérieure.
- Vol à l’arraché : sac, téléphone, appareil photo, souvent à moto
- Escroquerie à l’amitié (« paseo millonario ») : fausse amitié, boisson droguée, pillage de compte bancaire
- Faux taxis : véhicules non officiels, surtout la nuit
- Arnaque à la drogue : proposition de substances suivie d’une extorsion ou arrestation simulée
Les quartiers à éviter absolument à Cartagena
Je vais être direct : certaines zones de Cartagena sont dangereuses pour un voyageur non accompagné et non initié. Ce n’est pas du sensationnalisme, c’est le constat de plusieurs séjours et de dizaines de conversations avec des habitants, des chauffeurs et des responsables hôteliers locaux.
Nelson Mandela : le secteur le plus risqué
Nelson Mandela est le quartier qui revient systématiquement dans toutes les conversations sur la sécurité à Cartagena. Situé à environ 8 km au sud-est du Centro Histórico, ce secteur populaire concentre une pauvreté structurelle intense et un trafic de drogue actif lié aux factions locales.
Aucun hôtel recommandable ne s’y trouve, aucune attraction touristique non plus. Je n’ai aucune raison valable à vous donner d’y aller. Les affrontements entre bandes y génèrent des couvre-feux informels que les habitants eux-mêmes respectent scrupuleusement.
- Risque physique réel : présence de groupes armés, règlements de comptes ponctuels
- Aucune infrastructure touristique : pas de repères, pas de recours en cas de problème
- Accès déconseillé y compris le jour : le danger ne suit pas les horaires dans ce secteur
Olaya Herrera et les secteurs périphériques du sud
Olaya Herrera, La María et les secteurs adjacents du sud de la ville partagent des caractéristiques similaires : grande pauvreté, présence de micro-trafics, et une économie informelle qui génère des tensions récurrentes. Ces quartiers sont habités par des centaines de milliers de Cartagéniens qui y vivent dignement, mais la situation sécuritaire pour un étranger non accompagné y est objectivement difficile.
En mars dernier, j’ai accompagné un journaliste colombien qui y avait des contacts. Même lui prenait des précautions spécifiques : aucun bijou visible, pas de téléphone sorti, véhicule connu. Un voyageur solo n’a tout simplement pas les codes pour naviguer ces zones sereinement.
El Pozón : une réalité à ne pas romantiser
El Pozón est l’un des quartiers les plus peuplés de Cartagena avec plus de 150 000 habitants. C’est aussi l’un des plus pauvres, avec des taux de chômage qui dépassent les 40 % dans certains secteurs selon les rapports de la mairie publiés en 2024. Le tourisme solidaire y existe marginalement via quelques ONG, mais il se fait toujours avec un accompagnateur local identifié, jamais en solo.
Des voyageurs ont tenté d’y aller seuls pour « voir la vraie vie ». Certains ont été dépossédés de leurs affaires dès les premières ruelles. Ce n’est pas un quartier hostile à ses habitants, mais un étranger y est un signal visible et une cible potentielle.
Le front de mer de la Avenida Santander après minuit
Ce point est moins connu mais important. L’avenue Santander, qui longe la mer entre Bocagrande et le centre, est agréable en journée. Passé minuit, certains tronçons peu éclairés deviennent des zones de rodeo de motos et de deals visibles. J’y ai marché une fois seul à 1h du matin, et j’ai regretté ce choix dès les 200 premiers mètres.
Getsemaní : entre gentrification et vigilance
Getsemaní mérite un traitement à part car il illustre parfaitement la complexité de Cartagena. Ce quartier bohème, collé aux murailles de la Cité fortifiée, est devenu en dix ans l’endroit le plus branché de la ville. Ses ruelles peintes de fresques, la Plaza de la Trinidad avec ses vendeurs de chicha et ses musiciens, ses auberges de jeunesse et ses restaurants gastronomiques : tout cela en fait une destination en soi.
Mais Getsemaní reste un quartier populaire qui n’a pas totalement achevé sa transition. Voici ce que j’observe à chaque séjour :
- Les rues principales (Calle Larga, abords de la Plaza de la Trinidad) sont sûres jusqu’à 23h-minuit
- Les ruelles secondaires au nord du quartier, côté Avenida del Lago, méritent plus de prudence passé 22h
- Le retour à l’hôtel en taxi reste recommandé si vous habitez à plus de 10 minutes à pied de la Plaza
Je passe toujours deux ou trois nuits à Getsemaní quand je suis à Cartagena : c’est le meilleur rapport ambiance-prix de la ville, à condition de sortir les yeux ouverts. Uber fonctionne bien ici et coûte moins de 10 000 pesos colombiens (environ 2,20 € au taux de change constaté au T1 2026) pour rejoindre le Centro Histórico.
Bocagrande et El Laguito : les zones les plus sûres pour les touristes
Bocagrande est la péninsule moderne de Cartagena, avec ses tours résidentielles, ses hôtels internationaux et sa plage urbaine. C’est le secteur où la présence sécuritaire privée et publique est la plus dense. J’y ai séjourné à l’Hotel Capilla del Mar et j’ai marché seul jusqu’à minuit sans aucune tension.
El Laguito, à l’extrémité de la péninsule, est encore plus calme et résidentiel. Les familles colombiennes aisées y passent leurs week-ends. Les prix hôteliers y sont élevés (comptez 150 à 350 € la nuit en établissement 4-5 étoiles en haute saison), mais la tranquillité est totale.
Le Centro Histórico : surveillé mais pas exempt de ruses
La Cité fortifiée est quadrillée par des caméras et des patrouilles de la police touristique (Policía de Turismo). Les agressions physiques y sont rarissimes. Le vrai risque est l’arnaque et l’escroc bien habillé qui vous propose une excursion, un restaurant ou une conversation trop amicale.
Mes règles personnelles dans le Centro Histórico :
- Réserver les excursions bateau uniquement via l’hôtel ou une agence physique connue (Aviatur, Tesoro Travel)
- Refuser systématiquement toute invitation à « prendre un verre » venant d’inconnus, même charmants
- Payer en pesos et garder les petites coupures séparées des grosses
- Ne pas sortir les billets au-dessus de 50 000 pesos en pleine rue
Les Îles du Rosaire et Barú : vigilance en transit
Les excursions aux Îles del Rosario et à la plage de Barú sont parmi les plus populaires au départ de Cartagena. Elles sont généralement sûres. Le danger se situe dans le trajet de retour en fin d’après-midi, quand des embarcations non officielles proposent des prix cassés sur le quai de los Pegasos.
J’ai testé un bateau non officiel en 2023 : arrivée avec deux heures de retard, moteur défaillant, et un passeur qui a tenté de me surfacturer à l’arrivée. Prenez uniquement les lanchas des compagnies officielles comme Alcatraz Travel ou réservez via votre hébergement. Le prix officiel tourne autour de 80 000 à 120 000 pesos (18 à 27 €) l’aller-retour.
Tableau comparatif des quartiers de Cartagena
| Quartier | Niveau de risque | Recommandé touristes | À éviter la nuit |
|---|---|---|---|
| Nelson Mandela | 🔴 Très élevé | Non | Oui (jour aussi) |
| El Pozón | 🔴 Élevé | Non (sauf ONG) | Oui |
| Olaya Herrera | 🔴 Élevé | Non | Oui |
| Getsemaní (ruelles nord) | 🟠 Moyen | Avec précautions | Conseillé |
| Getsemaní (plaza) | 🟡 Modéré | Oui | Prudence après 23h |
| Centro Histórico | 🟢 Faible | Oui | Arnaque surtout |
| Bocagrande / El Laguito | 🟢 Très faible | Oui | Non |
Questions fréquentes
Cartagena est-elle dangereuse pour les touristes ?
Cartagena est relativement sûre pour les touristes qui restent dans les zones recommandées comme le Centro Histórico, Bocagrande et Getsemaní en journée. Le risque principal est le vol à l’arraché et les arnaques, pas la violence physique. Les quartiers périphériques comme Nelson Mandela ou El Pozón sont en revanche à éviter impérativement.
Peut-on se promener seul la nuit à Cartagena ?
Dans les murailles du Centro Histórico et sur l’avenue principale de Bocagrande, oui, jusqu’à environ 23h-minuit. Au-delà, même dans ces zones, je vous recommande de prendre un Uber ou un taxi officiel. Seul dans Getsemaní après minuit, la prudence s’impose fortement.
Getsemaní est-il sûr pour les voyageurs en 2025-2026 ?
Getsemaní est beaucoup plus sûr qu’il y a dix ans grâce à la gentrification et au tourisme. La Plaza de la Trinidad et les rues principales sont animées et relativement sécurisées. Les ruelles secondaires la nuit demandent de la vigilance. Préférez rentrer en Uber si votre hébergement est éloigné de la place centrale.
Comment reconnaître un taxi officiel à Cartagena ?
Les taxis officiels sont de couleur jaune avec une plaque d’immatriculation blanche et un identifiant de la mairie affiché. Uber et InDriver fonctionnent aussi très bien à Cartagena au T1 2026 et restent mes options favorites pour les trajets nocturnes. Évitez les chauffeurs qui vous abordent spontanément à la sortie des bars ou des restaurants.
Les plages de Cartagena sont-elles sûres ?
La plage de Bocagrande est fréquentée et relativement surveillée en journée, mais les vols de téléphones et d’effets sur les serviettes y sont courants. Ne laissez jamais vos affaires sans surveillance. Pour la baignade dans un cadre serein, les Îles del Rosario valent largement le détour, à réserver via des opérateurs officiels.
Quel quartier choisir pour dormir à Cartagena ?
Pour un premier séjour, le Centro Histórico est idéal malgré des prix plus élevés (comptez 60 à 200 € la nuit selon le standing). Getsemaní offre de bonnes auberges et hôtels boutique entre 25 et 80 € la nuit. Bocagrande convient mieux aux familles ou aux voyageurs qui veulent une plage à portée de main. Évitez toute offre sur Airbnb dans des secteurs que vous ne reconnaissez pas sur la carte.
Peut-on aller à Cartagena en famille avec des enfants ?
Absolument, à condition de rester dans les zones sûres. Le Centro Histórico et Bocagrande sont très adaptés aux familles. La Policía de Turismo est visible et réactive. Les enfants seront fascinés par les remparts, les calèches et la vie des places. Simplement, planifiez les retours avant la nuit et évitez les déplacements impulsifs vers des quartiers inconnus.
Cartagena reste l’une des villes les plus envoûtantes d’Amérique latine, et j’y retourne chaque fois avec le même plaisir. La clé est simplement de traiter sa géographie comme un outil : savoir exactement où vous êtes, planifier vos déplacements nocturnes en transport, et garder votre téléphone en poche plutôt qu’à la main dans la rue. Les voyageurs qui appliquent ces règles basiques passent d’excellents séjours sans le moindre incident. Ceux qui les ignorent s’exposent à des mésaventures évitables.




