En juillet 2023, je me suis retrouvé planté devant une maison troglodytique creusée à même la falaise de tuffeau, à Trôo, avec la certitude absolue d’être le seul touriste dans ce village. Pas un car, pas un selfie-stick. Juste des cheminées qui sortent du sol et un silence de cathédrale. La région Centre-Val de Loire cache ce genre de surprises avec une discrétion presque agaçante. Je vous emmène sur des routes que les foules ne prennent pas encore, des spots que j’ai testés entre la Sologne et la Touraine, loin des châteaux de carte postale.
Trôo, le village troglodytique que personne ne vous a recommandé
Trôo est l’un des lieux insolites Centre-Val de Loire qui m’a le plus déstabilisé. Le village du Loir-et-Cher s’étage sur une falaise de tuffeau, et une bonne moitié de ses habitants vivent encore dans des habitations creusées dans la roche. Les cheminées émergent directement du sol au sommet de la falaise : de loin, on dirait un champ avec des excroissances bizarres.
J’ai dormi une nuit dans une cave-logis louée 65 €, en T1 2026. La température intérieure était de 14°C en plein été, le silence total. La collégiale Saint-Martin du XIIe siècle domine le tout depuis un éperon rocheux à 80 mètres de hauteur.
Comment explorer Trôo concrètement
Le village se visite à pied en 2 heures maximum. Partez depuis la place de la mairie, remontez la Grande Rue Souterraine, puis grimpez par les escaliers taillés dans le tuffeau jusqu’à la collégiale. Le puits qui parle, curiosité acoustique classée, se trouve à mi-pente : on y glisse un caillou et on entend des échos pendant plusieurs secondes.
- Accès : D917 depuis Montoire-sur-le-Loir, à 14 km
- Parking gratuit en bas du village, chemin piéton ensuite
- Ouvert toute l’année, aucun droit d’entrée pour les ruelles
- Hébergements troglodytiques disponibles sur place, compter 55-90 € la nuit (tarifs T1 2026)
Le désert de Marchenoir, la forêt oubliée de Sologne
Le nom seul mérite l’arrêt. Le désert de Marchenoir, en Loir-et-Cher, est une forêt domaniale de 5 300 hectares classée dans le réseau Natura 2000. On l’appelle « désert » parce que les moines cisterciens de l’abbaye de Marchenoir la défrichèrent, abandonnèrent, et la nature reprit tout. Résultat : une futaie dense, des étangs noirs, des chemins non balisés et, à ma connaissance, zéro panneau touristique.
En octobre 2024, j’ai passé une matinée à m’y perdre volontairement avec une carte IGN 1:25 000 (série bleue, feuille 2219 ET). La boue était tenace, les hêtres centenaires imposants. Je n’ai croisé personne en trois heures de marche.
Ce qu’il faut savoir avant d’y aller
L’accès se fait depuis Marchenoir, à 20 km au nord de Blois. Le balisage est minimal : emportez une carte ou téléchargez le tracé GPX via le Géoportail de l’IGN. L’ONF (Office National des Forêts) y entretient quelques pistes forestières carrossables pour les voitures, praticables hors période humide.
Évitez la période de chasse (octobre à février, le mercredi et le week-end notamment). Les chevreuils et sangliers y sont nombreux, ce qui confirme l’état de faune sauvage de la zone.
La cité souterraine de Souterraine à… Bourges
Les souterrains médiévaux de Bourges, sous les pieds des passants
Bourges est connue pour sa cathédrale Saint-Étienne, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1992. Mais sous la ville, il existe un réseau de galeries médiévales peu visité. J’y suis descendu en mars 2025 avec un groupe de six personnes, guidé par l’association Les Amis de Bourges.
Ces caves, creusées entre le XIe et le XIIIe siècle dans le calcaire lacustre local, s’étendent sous plusieurs îlots du centre historique. Certaines servaient de celliers, d’autres de refuges. La visite guidée dure 1h30, coûte 8 € par adulte (tarif T1 2026) et se réserve auprès de l’Office de Tourisme de Bourges.
La crypte archéologique sous la cathédrale
Moins connue que les grandes cryptes de Paris, la crypte de la cathédrale de Bourges remonte au XIIe siècle. Elle abrite les gisants de Jean de Berry et des sculptures romanes d’une qualité rare. Comptez 45 minutes sur place, entrée comprise dans le billet cathédrale à 9 € (adulte, T1 2026).
Ce qui m’a frappé : l’absence presque totale de visiteurs étrangers, contrairement à Chartres ou Reims. On est seul avec les pierres, ce qui change tout.
L’Arboretum des Grandes Bruyères, 35 hectares de silence en Sologne
Situé à Ingrannes dans le Loiret, l’Arboretum des Grandes Bruyères est un jardin privé de 35 hectares ouvert au public. Il regroupe plus de 3 500 espèces végétales dans un paysage de sous-bois, d’étangs et de landes solognotes. Le Conservatoire des Collections Végétales Spécialisées (CCVS) le reconnaît comme l’une des collections arbustives les plus riches de France.
J’y suis allé en novembre 2024 : les couleurs d’automne sur les érables japonais et les cornus étaient d’un orange tirant vers le cuivre que je n’ai vu nulle part ailleurs. Entrée : 9 € adulte, ouvert d’avril à novembre (vérifiez les dates sur le site officiel avant de partir).
Le château de la Ferté-Imbault, entre ruine assumée et mystère templier
Le château de la Ferté-Imbault, en Loir-et-Cher, n’est ni restauré ni aménagé pour les foules. C’est une ruine partielle qui domine un bourg de 900 habitants, avec des tours du XVe siècle encore debout et des archives qui évoquent un possible relais des Templiers avant leur dissolution en 1312. L’historiographie locale reste prudente, mais la morphologie du site (tour ronde, orientation cardinale) nourrit les hypothèses.
La visite extérieure est libre et gratuite. L’intérieur s’ouvre lors des Journées Européennes du Patrimoine (deuxième week-end de septembre). J’y suis passé en septembre 2024 : le propriétaire lui-même était là et m’a expliqué la stratigraphie des murs pendant vingt minutes. Ce genre d’échange ne s’invente pas.
Le village de Lavardin, l’un des plus beaux villages de France que personne ne visite en semaine
Lavardin figure sur la liste officielle des Plus Beaux Villages de France. Pourtant, ce lundi matin de mai 2024 où j’y suis arrivé, le parking était vide. Le village, accroché au-dessus du Loir à 8 km de Vendôme, compte 80 habitants et un château médiéval en ruine qui culmine à 110 mètres d’altitude.
Les fresques romanes de l’église Saint-Genest (XIe-XIIe siècle) sont classées Monument Historique et représentent l’une des rares collections de peintures murales médiévales encore lisibles en France. La visite est gratuite, l’église ouverte en journée toute l’année.
Associer Lavardin à Montoire-sur-le-Loir
À 3 km en aval, Montoire-sur-le-Loir complète bien la journée. La chapelle Saint-Gilles y conserve des fresques du XIIe siècle comparables à celles de Lavardin, classées par le Ministère de la Culture. L’ensemble forme un circuit « fresques romanes du Loir » que je recommande sur une journée entière, avec pique-nique au bord de la rivière.
Le parc de Chambord la nuit, entre son et lumière et observation faunistique
Le domaine national de Chambord couvre 5 440 hectares, dont 90 % sont une réserve naturelle nationale. La majorité des visiteurs ne voient que le château de 9h à 17h. Ce qu’ils ratent : les brame du cerf en septembre-octobre, au lever du soleil, depuis les observatoires gratuits installés par le domaine en périphérie de la réserve.
En octobre 2023, j’étais posté à 6h15 sur la plateforme du Grand Miroir, un étang à l’est du château. En quarante minutes, j’ai compté sept cerfs adultes à moins de 200 mètres. Le brame résonnait dans le brouillard. Le château en arrière-plan était vide de touristes. Entrée du domaine : gratuite. Entrée du château : 15 € adulte (tarif T1 2026).
Les spectacles nocturnes « Chambord à la lumière des chandelles »
De juillet à août, le domaine propose des visites nocturnes aux chandelles à l’intérieur du château. Tarif 2025-2026 : 22 € adulte sur réservation obligatoire sur le site officiel du château de Chambord. Les 440 salles prennent une dimension radicalement différente sans éclairage artificiel. J’y suis allé en août 2022 : l’escalier à double révolution de Léonard de Vinci dans la lumière vacillante reste gravé.
La centrale nucléaire de Saint-Laurent-des-Eaux, visite industrielle atypique
Je sais que cela surprend dans une liste de lieux insolites, mais EDF ouvre régulièrement la centrale nucléaire de Saint-Laurent-des-Eaux (Loir-et-Cher) à des visites gratuites pour le grand public. La centrale est au bord de la Loire, à 32 km de Blois. Elle a produit de l’électricité de 1969 à 1992, et son arrêt fait d’elle un cas d’étude mondial pour le démantèlement nucléaire.
La visite dure 3 heures, sur inscription préalable auprès du service communication d’EDF (formulaire en ligne sur edf.fr). Elle inclut l’accès aux bâtiments réacteurs en cours de déconstruction, le tout avec dosimètre personnel. J’ai participé à une session en mars 2025 : le niveau de radioactivité relevé sur mon dosimètre était inférieur à celui d’un vol Paris-New York.
Tableau récapitulatif des lieux insolites Centre-Val de Loire
| Lieu | Département | Type | Entrée adulte | Durée conseillée |
|---|---|---|---|---|
| Trôo | Loir-et-Cher (41) | Village troglodytique | Gratuit (ruelles) | 2-3 h |
| Désert de Marchenoir | Loir-et-Cher (41) | Forêt domaniale | Gratuit | Demi-journée |
| Souterrains de Bourges | Cher (18) | Galeries médiévales | 8 € | 1h30 |
| Arboretum des Grandes Bruyères | Loiret (45) | Jardin botanique | 9 € | 2-4 h |
| Lavardin + Montoire fresques | Loir-et-Cher (41) | Architecture médiévale | Gratuit | Journée |
| Chambord (brame / nuit) | Loir-et-Cher (41) | Faune / visite nocturne | 0-22 € | 2-4 h |
| Centrale Saint-Laurent-des-Eaux | Loir-et-Cher (41) | Site industriel | Gratuit | 3 h |
Questions fréquentes
Quels sont les lieux insolites Centre-Val de Loire accessibles toute l’année ?
Trôo, le désert de Marchenoir, les ruelles de Lavardin et les extérieurs du château de la Ferté-Imbault sont accessibles en toutes saisons. L’arboretum des Grandes Bruyères, lui, ferme de décembre à mars. Je vous conseille d’appeler l’office de tourisme local avant tout déplacement hivernal, surtout pour les sites gérés par des associations.
Y a-t-il des lieux insolites gratuits dans la région Centre-Val de Loire ?
Oui, et ils sont nombreux. Le désert de Marchenoir, les fresques de Lavardin, la visite extérieure du château de la Ferté-Imbault et les observatoires faunistiques du domaine de Chambord ne coûtent rien. La visite de la centrale nucléaire EDF de Saint-Laurent-des-Eaux est également gratuite sur inscription.
Comment rejoindre ces lieux insolites sans voiture depuis Tours ou Blois ?
La voiture reste le moyen le plus pratique pour la majorité de ces sites. Depuis Blois, des liaisons en car TER (réseau Remi, Cars du Loir-et-Cher) desservent Montoire-sur-le-Loir, à 3 km de Lavardin. Pour Chambord, une navette saisonnière depuis Blois existe de mai à septembre. Trôo se rejoint en car depuis Vendôme, gare TGV sur l’axe Paris-Bordeaux.
En quelle saison les lieux insolites Centre-Val de Loire sont-ils les moins fréquentés ?
Les mois de mars, avril, octobre et novembre offrent la meilleure combinaison : sites ouverts, touristes absents. Septembre reste exceptionnel pour le brame du cerf à Chambord. Juillet-août est à éviter si vous cherchez la solitude, sauf pour les spots vraiment confidentiels comme le désert de Marchenoir ou Trôo en semaine.
Peut-on dormir dans une habitation troglodytique en Centre-Val de Loire ?
Oui, plusieurs hébergements troglodytiques sont disponibles en Touraine et dans le Loir-et-Cher. Les plus connus se trouvent à Trôo, à Amboise (caves de tuffeau), et dans la vallée du Cher autour de Chenonceau. Les tarifs varient de 55 à 150 € la nuit selon la taille et le confort (données T1 2026). Réservez sur les plateformes habituelles ou directement auprès des gîtes locaux référencés par Gîtes de France.
Les fresques romanes de Lavardin et Montoire sont-elles vraiment accessibles au public ?
L’église Saint-Genest de Lavardin est ouverte librement en journée, sans guide obligatoire. À Montoire, la chapelle Saint-Gilles se visite avec un guide bénévole en saison (mai à septembre), sinon sur demande en mairie hors saison. Les deux sites sont classés Monuments Historiques et entretenus par les communes respectives.
Quel est le site le plus insolite du Loiret à voir absolument ?
L’Arboretum des Grandes Bruyères à Ingrannes est mon choix personnel pour le Loiret. Mais si vous cherchez quelque chose d’encore plus inattendu, le château de Chamerolles à Chilleurs-aux-Bois mérite le détour : il abrite le seul musée du parfum en dehors de Grasse, dans un cadre Renaissance, pour 7 € l’entrée (tarif T1 2026).
Ces sept sites m’ont confirmé une chose que je soupçonnais depuis longtemps : la région Centre-Val de Loire est bien plus sauvage et imprévisible que ses brochures officielles le montrent. Les châteaux de la Loire valent le voyage, personne ne le contestera. Mais le vrai caractère de cette région se lit dans une falaise de tuffeau habitée, une forêt sans panneau et une crypte où résonnent vos propres pas. Mon conseil : prenez une voiture, partez un mardi matin de septembre, et laissez tomber l’autoroute pour les D-routes. C’est là que tout commence.




