La première fois que j’ai glissé ma tête dans un bunker de la Seconde Guerre mondiale perché au-dessus des calanques, avec Marseille qui s’étalait derrière moi en plein soleil de février, j’ai compris que cette ville cachait infiniment plus que son Vieux-Port. J’ai passé des dizaines de week-ends à Marseille depuis 2011, j’ai arpenté ses quartiers à pied, en barque, parfois à genoux dans des souterrains. Ce que je vais vous raconter ici, ce sont des endroits que j’ai testés moi-même, avec les vraies adresses, les vrais tarifs et les vrais pièges à éviter.
Les souterrains et tunnels oubliés sous la ville
Marseille repose sur un réseau de galeries souterraines creusées entre le XVIIe et le XXe siècle, en grande partie inconnu du grand public. J’ai eu la chance d’y descendre avec un guide de l’association Marseille Souterraine lors d’une visite privée organisée en octobre 2024. Le tarif de la sortie était de 25 € par personne pour deux heures sous terre.
Le secteur le plus impressionnant longe l’ancien aqueduc de Roquefavour, qui alimentait la ville depuis l’Arc. Sous certains quartiers du 13e arrondissement, des galeries en pierre taillée atteignent 6 à 8 mètres de hauteur. L’humidité est constante, autour de 95 %, et la température ne dépasse pas 14 °C même en plein été.
Comment accéder légalement aux souterrains marseillais
Contrairement à Paris, Marseille n’a pas de catacombes officiellement ouvertes au tourisme. Les accès légaux passent par des associations agréées ou des visites organisées par le Musée d’Histoire de Marseille, situé au Centre Bourse. Je vous recommande de contacter directement le musée (tarif plein : 6 €) ou de surveiller le programme des Journées du Patrimoine, où plusieurs accès exceptionnels sont proposés gratuitement.
Évitez les explorateurs urbains qui proposent des descentes non encadrées : j’ai vu des éboulements dans certaines galeries en 2023, et les risques sont réels.
Le Fort Saint-Nicolas et ses bastions méconnus
Tout le monde regarde le Fort Saint-Jean depuis le MuCEM. Presque personne ne visite le Fort Saint-Nicolas, qui lui fait face sur la rive sud du Vieux-Port. C’est une erreur que j’ai corrigée en janvier 2025 lors d’une visite guidée organisée par le Centre des Monuments Nationaux.
Construit sur ordre de Louis XIV en 1660 pour surveiller non pas les ennemis extérieurs mais bien les Marseillais eux-mêmes après leur révolte, ce fort est divisé en deux bastions reliés par un pont. Le bastion Nord, dit « Entrecasteaux », abrite des salles voûtées où la pierre garde encore des traces de graffitis de soldats du XIXe siècle.
Tarifs et horaires du Fort Saint-Nicolas en 2026
Les visites guidées sont proposées le week-end de 10h à 17h30, avec une fréquence d’une visite toutes les 90 minutes. Le tarif constaté au T1 2026 est de 8 € pour les adultes, gratuit pour les moins de 26 ans ressortissants de l’Union européenne. Je vous conseille de réserver en ligne sur le site du Centre des Monuments Nationaux car les créneaux du samedi matin affichent complet dès le mardi précédent.
La Friche Belle de Mai, laboratoire urbain à ciel ouvert
En mars 2024, j’ai passé une après-midi entière à errer dans les 45 000 m² de la Friche Belle de Mai sans avoir planifié ma visite. Ce qui était autrefois la manufacture des tabacs de la Seita est devenu un site culturel expérimental où cohabitent une radio (Radio Grenouille), des ateliers d’artistes, un skatepark et une terrasse panoramique à 30 mètres de hauteur sur les toits.
Ce qui m’a frappé, c’est l’absence totale de mise en scène touristique. Les équipes de danseurs contemporains répètent au rez-de-chaussée pendant qu’une compagnie de théâtre installe ses décors deux étages au-dessus. L’entrée sur le site est gratuite et libre, certains événements sont payants (compter 10 à 18 € pour les spectacles).
Les recoins à ne pas rater à la Friche
- Le toit-terrasse ouvert en période estivale, avec vue à 360° sur les quartiers nord et la Méditerranée
- Le mur d’escalade intégré dans l’architecture industrielle du bâtiment A
- Les fresques de Shepard Fairey (l’auteur de l’affiche « Hope » d’Obama) visibles sur la façade nord
- Le marché du dimanche matin qui attire créateurs locaux et producteurs des Bouches-du-Rhône
Les calanques vues depuis les batteries militaires oubliées
J’ai découvert la batterie du Peyras par accident, en débordant d’un sentier balisé du Parc National des Calanques lors d’une randonnée depuis Callelongue en novembre 2023. Ces blockhaus de béton armé construits pendant l’Occupation allemande surplombent la mer à 142 mètres d’altitude, entre la calanque de Callelongue et celle de Marseilleveyre.
L’accès est libre mais non signalisé. Il faut compter 2h30 de marche aller-retour depuis le terminus du bus 20 à Callelongue. Les canons ont disparu mais les alvéoles de béton restent intactes, et la vue sur l’archipel de Riou et l’île de Planier est sans équivalent.
Je vous préviens : le sentier non balisé est glissant après la pluie, et il n’y a aucun point d’eau entre Callelongue et le site. Prenez au minimum 1,5 litre d’eau par personne même en hiver.
Le quartier du Panier et ses cours intérieures secrètes
Le Panier, tout le monde le connaît. Mais la plupart des visiteurs restent sur la rue du Panier et la place des Moulins. J’ai passé trois nuits dans une chambre d’hôtes du quartier en avril 2024, ce qui m’a permis de comprendre sa géographie verticale.
Le vrai secret du Panier, ce sont les cours traversantes : des passages qui relient deux rues parallèles en passant par des courettes privées où les habitants font sécher leur linge à 4 mètres au-dessus de votre tête. Certaines sont fermées, d’autres restent ouvertes. La cour du passage de Lorette, entre la rue Caisserie et la montée des Accoules, m’a arrêté net devant une fontaine du XVIIIe siècle que rien ne signale.
Les escaliers monumentaux du Panier
Marseille compte plusieurs escaliers classés qui ressemblent à des installations d’art urbain. L’escalier de la Tourette, qui descend vers l’esplanade de la Major, est taillé dans le calcaire vif et encadré par deux bastions médiévaux. En semaine avant 9h, vous le traversez seul. La montée des Accoules grimpe 87 marches entre des façades couvertes de glycines et débouche sur une chapelle dont la cloche sonne chaque quart d’heure.
L’Estaque et le village des peintres oublié
Cézanne y a planté son chevalet. Braque y a inventé le cubisme avec ses vues sur les usines et les cheminées. Aujourd’hui, l’Estaque est un village rattaché à Marseille (16e arrondissement) qui semble figé dans une torpeur de bord de mer industriel, et c’est précisément ce qui le rend fascinant.
J’y suis allé un dimanche de janvier 2025 en prenant le train depuis Saint-Charles (9 minutes, 3,40 € avec le réseau Zou!). Le front de mer conserve ses cabanons colorés, ses pointus amarrés et son odeur de gasoil mélangé à l’iode. La rue de l’Estaque, longue de 400 mètres, concentre tout : le marché du pêcheur le matin, les panisses frites chez un traiteur sans enseigne, et la vue sur le viaduc ferroviaire de 1915.
Le musée Borély et son jardin botanique ignoré
Je l’admets : la première fois que j’ai visité le Château Borély dans le 8e arrondissement, je me suis concentré sur le musée des Arts décoratifs à l’intérieur (tarif : 6 €). J’ai complètement raté le jardin botanique municipal qui l’entoure, ouvert gratuitement du mardi au dimanche.
C’est une erreur que je ne commets plus. Ce jardin de 17 hectares abrite une roseraie de 1 200 variétés, un jardin japonais avec pont laqué et bassin de carpes koï, et une serre tropicale maintenue à 28 °C où poussent des cacaoyers et des bananiers. En plein mois de décembre, entrer dans cette serre depuis les allées froides du parc produit un effet de dépaysement immédiat.
| Lieu insolite | Arrondissement | Tarif | Accès |
|---|---|---|---|
| Fort Saint-Nicolas | 2e | 8 € (adulte) | À pied depuis le Vieux-Port (5 min) |
| Friche Belle de Mai | 3e | Gratuit (site) | Bus 49, arrêt Belle de Mai |
| Batterie du Peyras | 8e (Calanques) | Gratuit | Bus 20, terminus Callelongue |
| L’Estaque | 16e | 3,40 € (train) | Train depuis Saint-Charles |
| Jardin botanique Borély | 8e | Gratuit | Bus 83, arrêt Rond-Point du Prado |
| Musée d’Histoire (souterrains) | 1er | 6 € (musée) | Métro Vieux-Port |
Les îles du Frioul, bien plus qu’une excursion en bateau
Tout le monde prend le bateau pour le Château d’If. Peu de gens savent que l’archipel du Frioul comprend quatre îles, et que l’île de Ratonneau cache un hôpital de quarantaine du XVIIIe siècle classé Monument Historique : le Lazaret Caroline.
J’ai visité ce complexe en septembre 2024 lors d’une ouverture exceptionnelle organisée par l’association des Amis du Frioul. Les bâtiments construits entre 1821 et 1828 pour isoler les voyageurs suspects de choléra et de peste sont encore debout, avec leurs cellules d’isolation, leur chapelle et leur salle d’autopsie. L’accès se fait uniquement lors d’événements programmés car le site est en cours de restauration.
La navette RTMM au départ du Quai des Belges dessert le Frioul en 25 minutes. Le billet aller-retour coûte 11,70 € par adulte (tarifs T1 2026). Je vous recommande de partir au premier départ (9h en semaine) pour avoir Ratonneau pour vous seul avant l’arrivée des groupes.
Questions fréquentes
Quels sont les lieux insolites gratuits à Marseille ?
Plusieurs sites ne coûtent rien. La Friche Belle de Mai (accès libre au site), le jardin botanique de Borély, la batterie du Peyras dans les calanques et les escaliers historiques du Panier sont accessibles sans billet. Le Fort Saint-Nicolas est gratuit pour les moins de 26 ans de l’UE.
Y a-t-il des visites insolites Marseille pour les enfants ?
Oui. Le jardin botanique avec sa serre tropicale fonctionne très bien pour les enfants à partir de 5 ans. Le Fort Saint-Nicolas passionne les 8-12 ans grâce à son histoire de Louis XIV contre les Marseillais. La traversée en navette vers le Frioul est une aventure en soi pour les plus jeunes.
Comment visiter les souterrains de Marseille ?
Uniquement par des voies légales : le Musée d’Histoire de Marseille, les associations agréées comme Marseille Souterraine, ou les programmes des Journées du Patrimoine en septembre. Les descentes non encadrées dans des galeries non sécurisées exposent à des risques réels d’éboulement.
Quelle est la meilleure période pour explorer Marseille de façon insolite ?
L’automne (octobre-novembre) et l’hiver (janvier-février) sont idéaux. Les sites naturels comme les calanques et la batterie du Peyras sont déserts, les températures restent douces (12 à 16 °C), et les files d’attente aux monuments inexistantes. En juillet-août, certains sentiers des calanques ferment en raison du risque d’incendie.
L’Estaque mérite-t-il vraiment le détour ?
Absolument, à condition d’y aller hors saison et de ne pas chercher un site « instagrammable » soigneusement mis en valeur. L’Estaque est brut, populaire, un peu décati, et c’est précisément pour cela qu’il constitue une parenthèse authentique à 9 minutes en train du centre de Marseille.
Peut-on combiner plusieurs lieux insolites en une journée ?
Oui, avec une bonne organisation. Je suggère : matin au Fort Saint-Nicolas (visite guidée 10h), déjeuner au Panier avec exploration des cours traversantes, après-midi à la Friche Belle de Mai. Ce circuit ne dépasse pas 14 € de dépenses (hors restauration) et couvre trois quartiers très différents.
Y a-t-il des visites nocturnes à Marseille ?
La Friche Belle de Mai propose régulièrement des événements nocturnes (concerts, projections en plein air). Le Château d’If organise des nocturnes en juillet et août jusqu’à 22h. Le MuCEM reste ouvert jusqu’à 22h le vendredi, et sa passerelle éclairée qui relie le fort Saint-Jean offre un point de vue nocturne sur le port.
Après toutes ces explorations, ce qui me revient le plus souvent quand je pense à Marseille, c’est la batterie du Peyras par un matin de novembre : le vent du nord, les blockhaus vides, Marseille derrière moi et l’archipel de Riou devant, sans âme qui vive. Aucun office de tourisme ne vous enverra là. C’est pour ça que j’y retourne. Si je devais vous donner un seul conseil, ce serait celui-ci : prenez le bus 20 jusqu’à Callelongue un mardi matin hors saison, chaussez des semelles correctes, et débordez juste un peu du sentier balisé.




